PREMIERE PARTIE

 

Cliquez sur le chapitre de votre choix

 

CHAPITRE I : « DE LIQUORE METALLORUM AETHEREO » OU DU FERCH OU FERTILITÉ DU MÉTAL CHAPITRE II: « DE SEMINE METALLORUM » OU DE LA SEMENCE DES MÉTAUX

CHAPITRE II : « DE SEMINE METALLORUM » OU DE LA SEMENCE DES MÉTAUX

CHAPITRE IV : « DE OFFICINA METALLORUM » OU DE LA BOUTIQUE ET PLACE ÉTABLIES POUR LE TRAVAIL DES MÉTAUX DANS LES MINES

CHAPITRE V : « DE EGRESSIONE ET INGRESSIONE METALLORUM » OU DE L'ISSUE ET ENTRÉE DES MÉTAUX

CHAPITRE VI : « DE RESOLUTIONE ET REDUCTIONE METALLORUM » OU DE LA RÉSOLUTION OU FLUX ET RÉDUCTION DES MÉTAUX

CHAPITRE VII : « DE ASCENSIONE ET DESCENSIONE METALLORUM » OU DU CROISSANT ET DÉCOURS DES MÉTAUX CHAPITRE 

CHAPITRE VIII «DE METALLO RESPIRANTE » OU DU MÉTAL VIVANT

CHAPITRE IX : « DE METALLO EXPIRANTE » OU DU MÉTAL MORT

 CHAPITRE X : « DE METALLO PURO » OU DU MÉTAL FIN

CHAPITRE XI : «DE METALLO IMPURO » OU DU MÉTAL IMPUR

CHAPITRE XII : « DE METALLO PERFECTO » OU DU MÉTAL ACCOMPLI

CHAPITRE XIII : « DE METALLO IMPERFECTO » OU DU MÉTAL NON PERFECTIONNÉ 

CHAPITRE XIV : « DE METALLO VREDINUM » OU DU METAL SAVON

CHAPITRE XV : « DE INHALATIONE » OU DE LA « WITTERUNG » EN DEDANS 

CHAPITRE XVI : « DE EXHALATIONE » OU DE L'ARDEUR AÉRIENNE EXTRAYANTE 

CHAPITRE XVII : « DE CORUSCATIONE » OU DE L'ARDEUR AÉRIENNE ASSISTANTE

CHAPITRE XVIII : « DE FOLIO ET SPOLIO » OU DE LA BLUETTE ET ÉTINCELLE 

CHAPITRE XIX : « DE FULIGINE ET CINERE » OU DE LA SUIE ET CENDRE

CHAPITRE XX : « DE SCOBE ET AQUA METALLICA » OU DU «SCHLICH » — C'EST-À-DIRE DU REJET DE LA TERRE — ET DE LA LESSIVE OU EAU MÉTALLIQUE

CHAPITRE XXI : « DE SCORIA ET EXUVIO SPERMATIS » OU DU «SINTER » ET DU « SCHWADEN » 

CHAPITRE XXII : « DE LUCENTE VIRGULA » OU DE LA VERGE ÉCLAIRANTE

CHAPITRE XXIII : «DE VIRGULA CANDENTE » OU DE LA VERGE BRULANTE 

CHAPITRE XXIV : « DE SALIA VIRGULA » OU DE LA VERGE SAILLANTE

CHAPITRE XXV : «DE FURCILLA » OU DE LA VERGE TRANSCENDANTE

CHAPITRE XXVI : « DE VIRGULA TREPIDANTE » OU DE LA VERGE TREMBLOTANTE 

CHAPITRE XXVII : « DE VIRGULA CADENTE » OU DE LA VERGE TOMBANTE

CHAPITRE XXVIII : « DE OBVIA VIRGULA » OU DE LA VERGE SUPÉRIEURE 

CHAPITRE XXIX : « DE VAPORIBUS QUIESCENTIBUS » OU DE LA VAPEUR POSÉE 

CHAPITRE XXX : « DE HALITU MELUSO » OU DU SEL TEMPORAIN

CHAPITRE XXXI : « DE COTE METALLICO » OU DU SEL PIERRIER

CHAPITRE XXXII : « DE STAGNIS SUBTERRANEIS » OU DU PÉRIL DE L'EAU 

CHAPITRE XXXIII : « DE AURO METALLICO » OU DE LA COUCHE DE LA MINE

CHAPITRE XXXIV : « DE FLUORIBUS METALLICIS » OU DES COULEMENTS OU FLUX MÉTALLIQUES 

CHAPITRE XXXV : « DE CRETA » OU DE LA FARINE PIERRIÈRE

CHAPITRE XXXVI : « DE SPIRONE » OU DE LA VESSIE

CHAPITRE XXXVII : « DE PULFA » OU DE L'INSTRUMENT A ROMPRE 

CHAPITRE XXXVIII : « DE CRATERE » OU DU FEU LUISANT

CHAPITRE XXXIX : «DE GLUTINE » OU DE LA POIX DES MINES 

CHAPITRE XL : « DE TRUTE » OU DE L'INSTRUMENT POSÉ 

CHAPITRE XLI : « DE TRAHA » OU DE L'INSTRUMENT À LEVER 

CHAPITRE XLII : « DE FRIGORE » OU DU FROID DE LA MINE

CHAPITRE XLIII : « DE IGNE INFLAMMANTE » OU DU FEU FLAMBOYANT 

CHAPITRE XLIV : « DE IGNE TORRENTE » OU DU FEU DE GRILLE

CHAPITRE XLV : « DE IGNE CORRODENTE » OU DU FEU ARDENT D' « ERZ » OU VÉHÉMENT 

CHAPITRE XLVI : « DE IGNE CANDENTE » OU DU FEU GLUANT

CHAPITRE XLVII : « DE IGNE INCUBANTE » OU DU FEU DE LAMPE 

CHAPITRE XLVIII : « DE IGNE FRIGIDO » OU DU FEU FROID

CHAPITRE XLIX : « DE IGNE CALIDO » OU DU FEU CHAUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE I « DE LIQUORE METALLORUM AETHEREO » OU DU FERCH OU FERTILITÉ DU MÉTAL

 Attendu que le métal a été créé de Dieu dans la profondeur de la terre aussi bien que d'aucunes créatures dessus icelle, il lui a été, aussi bien qu'aux autres créatures, établi et implanté en sa semence le moyen et la vertu de pouvoir porter fruit, sans lequel autrement la semence ne pourrait pas croître ni augmenter. Car on trouve souvent des semences qui ne sont pas fructifiantes parce qu'elles sont privées de la vertu de pouvoir porter fruit. C'est pourquoi il s'ensuit que ces deux choses, savoir est semence et vertu, sont différentes en égard à la production; mais si l'on veut rechercher cette vertu ou fertilité bien soigneusement et savoir ce qu'elle peut bien être, ce sera le plus certain et meilleur expédient de confronter et faire une collation ou rapport des différences qui se trouvent entre la vie et la mort de toutes les créatures de l'univers. Car la mort n'est point fertile, ains la vie, laquelle seule vit puisqu'elle se meut et remue. Or l'on expérimente, en toute sorte de travail qu'on entreprend es métaux, qu'il n'y a rien et qu'il ne saurait rien avoir de volatil que le métal, ni aussi rien de plus subtil ni qui se remue ou meuve davantage. Mais ce que c'est que mouvement et remuement, c'est ce que je veux ici nommer le Ferch des métaux, à cause que le Ferch métallique a une action et mouvement continuel et perpétuel. Mais pour ce que cela n'est pas visible es métaux et qu'icelui mouvement s'engendre de deux façons, ]e me contenterai de lui laisser le double nom ancien et, pour cette cause, je nommerai le remuement ou mouvement du nom de lubricum, et le volatil du nom de Ferch; et je ne changerai point de termes à ces deux mouvements, par la force et vertu desquels le métal accomplit toute sa perfection, pureté et constance, autant qu'il la peut et doit avoir dans son travail, ouvrage et opération naturelle de soi-même. Or en ce que le Ferch est une chose toujours vivante et mourante, quelques-uns uns pourraient bien s'étonner de la rencontre ou effet qu'il a avec le métal qui se travaille, emploie et trouve devant nos yeux et par nos mains. Mais je dis que le Ferch est dur et coagulé, fût-il vivant ou même mort. On me peut aussi demander s'il est possible de tuer la vie ou Ferch dans un métal — ce qui ne se peut — et comment cela irait. Sur quoi ma réponse est fort simple, savoir est qu'un métal peut être aussi bien vivant quand il repose comme quand il croît ou se remue. Et il y a encore une différence à faire entre la mort des métaux et entre leur repos, car la mort ne touche que les corps métalliques lorsqu'il en descend ou dégénère un tout à fait et qu'il périt, parce que c'est la chose même vivante qui vient à mourir. Mais le repos ou Ferch du métal ne peut pas abîmer ni aller à fond ou s'anéantir. Et partant quand un corps métallique est présent, il est visible de deux sortes ou manières. L'une est in liquido — c'est-à-dire en forme liquide —, car ce corps métallique se remue et coule deçà et delà; et quand il est agité par une ardeur ou chaleur étrangère et dommageable, il devient volatil, s'enfuit et s'évapore. L'autre sorte, c'est quand le corps métallique est présent in coagulato —c'est-à-dire en forme coagulée —, car alors il repose là-dedans tant qu'il soit remis en forme liquide. Et ce corps coagulé demeure en cet état aussi longtemps qu'il dure; mais quand un corps quitte et est changé et monté en un plus noble ou moins noble corps, aussi est le Ferch ou la vie retirée et amenée avec lui. Si donc tu veux avoir et garder un corps, prends bien garde au Ferch, parce que si tu le pousses et chasses sans jugement, cela fera faire un notable déchet au corps dans lequel il habite. Car jamais il ne sort et ne s'en va à vide; mais ce Ferch, en s'en allant, en détourne et entraîne toujours un autre, l'un après l'autre, et l'amène quant et soi jusqu'à ce que finalement il n'y en ait plus dans le corps du métal. Mais il faut prendre garde, avec un grand soin et attention particulière, en quelle sorte cela se passe quant au mouvement et repos du Ferch et comment la nature l'amène au repos. Car cette connaissance soigneuse et diligente nous apprend que la semence et le corps du Ferch sont deux choses différentes, parce que de la semence tu en fais ce que tu veux et elle ne deviendra point volatile, ce qui serait contre son espèce ou nature, semblablement aussi du corps du Ferch. Mais quant au Ferch, si tu le préviens et entretiens par sa viande, tu fortifies tout l'ouvrage. Car ni plus ni moins qu'une mère fortifie son enfant, lequel elle repaît et abreuve bien, et qu'il en repose mieux, il en arrive de même au Ferch. Ce qui fait que plusieurs qui ne s'arrêtent qu'à la semence ou au corps du Ferch et ne savent rien de bien fondé et assuré touchant le Ferch, perdent le corps, pour autant qu'ils ne savent pas la procédure et l'ordre que la nature enseigne, et prennent le devant pour le derrière. Or ce repos et sommeil du Ferch est aussi utile à ceci, c'est à savoir afin qu'un corps ne soit consommé lorsqu'il est arrivé en sa perfection; car quand le Ferch veille ou est en action, tant plus il se consomme. Mais quand il repose, il se tient serré et est de durée. Et lorsque justement il n'a plus de viande aucune à se conserver et à se nourrir, il s'attaque à son propre corps, jusqu'à ce qu'il le consomme entièrement; et finalement il s'élève, s'en va et se rend en un autre endroit. A cause de quoi les trésors des païens ou les espèces de métal monnayées, quand ils sont enterrés, enfin ils s'élèvent en croissance, consomment leurs propres corps et les réduisent en poussière, en sorte qu'il ne reste rien d'iceux qu'une pierre toute nue ou une substance fluide, ainsi qu'il se peut voir en beaucoup d'endroits.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE II « DE SEMINE METALLORUM » OU DE LA SEMENCE DES MÉTAUX

Tous ceux qui ont écrit de la semence des métaux sont d'accord en ce qu'ils disent que la semence masculine du métal est le soufre, et la féminine le mercure. Ce qui se doit toutefois entendre selon son sens, et non pas en telle sorte qu'on croie que les philosophes aient entendu les communs soufre et mercure. Car le mercure visible et palpable des métaux est un corps particulier pris et tiré d'iceux corps métalliques; et pourtant il ne saurait être une semence, parce qu'il est froid et que la froideur ne peut pas aussi être une semence. Semblablement, le soufre est la viande du métal. Comment donc pourrait-il être une semence, puisque même la semence consomme le soufre? Comment donc une semence en consommerait-elle une autre? Et quel corps en viendrait? Et pour ce, il y a du mal entendu en cela selon le jugement commun. Car si le mercure des corps métalliques est dans iceux et y a pris sa nourriture, il sera vrai de dire qu'il y a six mercures métalliques, l'un desquels serait capable de produire quelques corps. Mais l'on pourra douter lequel de ces six mercures il faut choisir d'entre ceux qui sont en croissant ou en décours.

Mais d'autant qu'il y a sept de ces mercures, il arrive que si la semence de Vénus et de Mars a l'avantage, elle amènera un corps masculin du soleil; que si aussi la semence de Saturne et de Jupiter a le dessus, elle produira un corps féminin qui s'appelle Lune; quant au mercure, il est des deux côtés. Ainsi est-il des autres corps, lesquels sont aussi toujours en chaque ouvrage l'un avec l'autre, car ils ne se laissent séparer ni diviser, comme aussi cela est raisonnable. Hé, quel corps en viendrait-il? Mais la nature a des corps parfaits, nonobstant qu'il faille qu'ils se dissolvent en eux-mêmes, ce qui néanmoins ne les empêche pas d'être parfaits en leur temps. Car quelle semence serait celle-là, si quelque chose venait à lui manquer en quelque membre?

Et partant, chaque corps a une semence tout entière; et de là vient que la transmutation a son fondement, son cours et son décours des métaux; autrement elle ne se pourrait pas faire s'ils n'étaient alliés l'un à l'autre dans la semence. Car de ce que quelqu'un dit : « L'argent n'est pas de l'or », c'est ce qu'un paysan croit bien aussi. Mais il n'y a aucune bonne instruction, au regard de la semence, comment c'est qu'il faut que son corps elle entre en un autre corps, car elle ne serait pas fertile autrement. Elle ne peut pas aussi être sans avoir un corps où elle puisse se reposer. Or quel est le corps informe des métaux avant qu'il soit formé et préparé pour leur viande? De là dépendent trois différents sujets. Premièrement une terre, deuxièmement une pierre, et troisièmement une cendre de terre. J'ajoute quatrièmement des flux ou coulants de terre, et cinquièmement le verre miel de terre et sixièmement la couleur de la terre et enfin septièmement la suie de la terre. Toutes ces choses sont les matières du corps métallique, à la même façon que la terre est la matière du corps de l'homme, de laquelle Dieu l'a fait et en laquelle il faut qu'il retourne; et ainsi finalement tous corps y retourneront. J'estime pour un bon ouvrier et pour un vrai et expert mineur celui qui, travaillant aux mines, sait la raison de ces choses. Car il y en a peu qui puissent donner et rendre des raisons de ce qu'ils entreprennent dans les mines, encore qu'ils y entrent et travaillent journellement. Et quoiqu'on voulût dire qu'ils s'y entendent, ce n'est pas toutefois dire la vérité, encore qu'ils en puissent user comme il faut. Ce qui est cause qu'ils donnent des noms de travers et ne savent aucune raison de leurs ouvrages, quoiqu'ils en fournissent et apportent beaucoup sur la halle. Ces gens-là, toutefois, deviennent meilleurs et plus savants mineurs tant plus ils deviennent vieux. A quoi chacun doit bien penser et ne point se montrer ingrat et ennemi envers cette instruction et cet avis. L'on peut bien excuser ici les philosophes comme s'ils eussent su quelque chose. Mais où est-il écrit qu'on puisse chercher et trouver le mercure d'un corps qui soit trié de la suie, de la pierre et verre de la terre? A cause de quoi aussi l'épreuve subtile qui s'en fait en la science en a été encendrée et infuliginée ou souillée. Et partant, la semence des métaux est aussi bien parfaite que le Ferch est invisible. Mais où s'amusent ceux-là qui veulent travailler selon la nature et qui ne connaissent aucun corps où soit le véritable mercure ou semence? Et puis, il faut que la science en pâtisse et soit décriée comme fausse, et faux tous ceux qui s'en mêlent. Mais qu'est-ce que ne fait point le manque de jugement? Aussi est-ce une chose impossible de recouvrer un corps vivant sans semence, aussi peu qu'une semence sans fertilité. Pourtant, regarde avec soin de tous côtés à l'entour de toi si tu ne l'apercevras point dans sa résolution, et il adviendra que tu trouveras le corps dans la réduction. C'est pourquoi, cela étant ainsi, travaille diligemment.

Mais ce n'est pas là le moindre travail comme quelques-uns des anciens philosophes ont dit. Lesquels l'ont nommé un double travail; car voici comment ils en parlent : il faut que le métal ait passé auparavant par la main du fondeur et ensuite il faut qu'il passe par la main de l'alchimiste, si l'on veut apprendre puis après à connaître la semence avec le travail subtil de l'Art. Que veut dire cela? Sinon que la résolution est de deux sortes. L'une lorsque le fondeur expert amène et réduit à la ductilité ou malléabilité un corps frangible par union et coadunation naturelle, et par un ordre assuré qui réunit toutes les parties ductibles. L'autre est lorsque l'alchimiste prend ce corps ductile et qu'il l'amène par rétrogradation en cendre, chaux, terre, verre, couleur ou suie telle qu'il l'était sous ou dans sa demeure terrestre; et alors là-dedans, savoir dans ce corps réduit en cendre, la semence des métaux et le Ferch se remuent et se laissent lors trouver facilement en un état plus fructueux, plus plantureux et plus fertile en corps ou corporellement; et peut ce corps être réduit aisément en eau spirituelle ou en première matière selon l'espèce et propriété du corps métallique, voire il se laisse séparer et diviser tout à fait artistement en ses principes naturels, selon l'usage et la science des alchimistes. De quoi sera parlé ci-après en son lieu plus amplement et clairement lorsque je traiterai des minéraux.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE III « DE NUTRIMENTO METALLORUM » OU DE LA NOURRITURE ET VIANDE DES MÉTAUX

 Encore que jusqu'ici l'on n'ait point ouï parler de la manière comment les minéraux ou fossiles se font et engendrent sous la terre, néanmoins la nature ne laisse pas de les faire et travailler par le moyen des liqueurs moites de la terre et des plantes des mines; lesquelles substances servent de nourriture et de viande aux métaux, et non celles qui sont cuites ici, dessus la terre. C'est pourquoi si dans le travail que tu imites et entreprends ici-haut es métaux, tu voulais y joindre de ces substances-là qui sont cuites et non dissoutes en leur forme corporelle, tu travaillerais inutilement, Il se trouve de ces fossiles et aussi des mines — si ce n'est toutes proches, au moins elles ne sont pas bien éloignées — qui te donneront de bonnes marques de leur valeur et bonté. Comme dans la Hongrie les plus belles et meilleures mines sont celles de vitriol, d'alun et de soufre, ainsi autour du Harz sont celles de la résine, du sel et du vitriol, comme autour de Goslar, Mansfeld, Zellerfeld; aussi pareillement aux environs de Schwyz dans le pays d'Etschland; à Halle, il y a de belles mines de sel, lequel s'y trouve grandement beau. Mais il ne faut pas que tu penses que les ouvriers dépêchent grossièrement l'ouvrage et perfection de ces minéraux, ains ils les préparent auparavant. Et alors c'est un beau travail de pouvoir faire venir un minéral si haut en ses fleurs qui sont moitié métal; et surtout lorsque par le métal pris et réduit par rétrogradation, on en fait un minéral, et puis quand d'icelui minéral les fleurs viennent à être extraites et préparées. En cela tu vois comment la nature se laisse mener devant soi et puis derechef derrière soi à reculons jusqu'à sa première eau, jusqu'à son soufre et jusqu'à son sel.

Il y a beaucoup de personnes qui font aussi de ces fleurs-là; mais ils les font sans métal, ce qui n'approche de ces premiers métalliques que de bien loin en bonté. Car l'huile qui a été faite et distillée d'un vitriol naturel de cuivre est beaucoup meilleure, plus vertueuse et de plus grande efficace mille fois en son opération que celle qui se fait du vitriol commun et ordinaire, lequel n'a point encore été exalté par la nature. Et combien que le vitriol de Hongrie soit de maintes et diverses sortes en ses vertus, forces et opérations, il s'y en trouve toutefois un qui est très puissant, merveilleux et fort exquis, à raison que la nature l'a plus élevé et l'a rendu d'une plus grande sécheresse que tous les autres ci-devant nommés, celui-ci les surpassant tous de beaucoup et de très loin. Et par ce choix de vitriol comme par sa préparation, les philosophes peuvent jouir de l'effet des minéraux, les fortifier et augmenter selon leur envie et désir.

Quand on veut faire quelque chose qui soit propre, bon et valable aux métaux, il faut que cela se fasse des métaux avec métaux et par métaux. Car véritablement le vrai et unique tour de main par lequel se fait la réduction et acquisition des fleurs minérales, c'est que tu en prennes et amasses toujours de ton minéral sans y rien ajouter. C'est l'affaire qui cause de grandes contemplations, pensées et prévoyances. Ainsi, apprends à travailler, car ces fleurs se rencontrent parfois et souvent toutes sèches et arides, sans qu'elles soient reconnues d'aucun mineur, surtout dans la Hongrie et dans la Valachie, là où toutefois on en trouve aussi de si belles qu'on puisse jamais désirer, en façon d'airain ou métal rouge, étincelant comme feu et comme un cristal rouge transparent. Ces fleurs sont bon or ou argent selon qu'elles sont colorées et teintes; toutefois elles déchoient un peu. Et c'est là une des principales connaissances et une science et [un] sujet de méditation et ratiocination secrète pour rendre le verre fort et dur. De là vient originairement que ces verres de dessous terre disposent et agencent le métal et le rendent en sa forme convenable.

On peut aussi, des métaux mêmes, faire une extraction et préparation de fleurs qui sont grandement profitables en la médecine. Voire, si l'on en peut retrancher et séparer toute la puanteur et excrément ou matière superflue de la digestion, cette boue ou fange et [ces] ordures ne sont autre chose que les fèces des minéraux, lesquelles ne servent de rien pour les métaux. Car ces effondrilles malignes apportent et causent grand dommage aux métaux.

Or la mésintelligence et ignorance que l'on a des minéraux est cause de grands inconvénients, car les minéraux qu'on fait bouillir sont un poison [et] dommage; et même il s'en fait une eau qui ronge les métaux, ainsi que les artistes expérimentent lorsque étant hors de leurs minières ils en font de l'eau forte. Ce qui cause donc la vertu corrosive aux minéraux est une substance fangeuse qui empoigne et agrippe le métal, le détache, déchire et divise, ainsi que les autres matières de si belle apparence qui  sont attachées aux métaux et qui sont pourtant les pires poisons d'iceux; car aussitôt que ces matières-là s'engendrent, elles excitent et allument la substance fangeuse ou vilaine lie et c'est en vain qu'elles paraissent en belles formes. Car comme un homme envenimé paraît néanmoins encore en forme d'homme, toutefois un tel homme ainsi empoisonné ne laisse pas d'en infecter beaucoup d'autres. Et posé qu'on réduisît un métal infecté en un corps, il ne laisserait pas d'être vide et [il] n'y aurait rien qui vaille dans lui.

Or cette remarque, ainsi tout à fait exacte, est et se montre du tout nécessaire dans le travail de ceux qui généralement se mêlent des mines et y travaillent. Car en ce qu'ils n'y prennent pas bien garde, ils ne font pas tort à l'ouvrage seul, mais semblablement à eux-mêmes, parce que non seulement le métal devient volatil si on lui laisse ou ajoute cette fiente ou fange, mais aussi ce qui reste devient grandement ferme et n'est pas si souple ni maniable, et souffre continuellement du déchet tant qu'on le frappe du marteau. Car la semence devient comme du Schliessig dans les corps. Et c'est à quoi il faut que les ouvriers prennent bien garde quand ils attaquent les minéraux avec le feu, afin qu'ils sachent quel salaire ils auront par la recherche des mines qui sont dans le flux de la montagne, où l'on voit comment c'est que le poison s'attache au haut dans les ruptures et fentes des fourneaux qu'on y bâtit exprès dans des cabanes; ce que l'on aperçoit par les fumées qui en proviennent, lesquelles ne portent partout que du dommage, comme l'expérience nous l'apprend que trop souvent.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE IV « DE OFFICINA METALLORUM » OU DE LA BOUTIQUE ET PLACE ÉTABLIES POUR LE TRAVAIL DES MÉTAUX DANS LES MINES

 Tous [les] ouvrages naturels ont leurs lieux particuliers ou places commodes, èsquels ilstravaillent ou s'engendrent. Et s'il y a quelque lieu où se produisent des matières magnétiques et précieuses, et même si la nature a quelque outil admirable et digne d'étonnement comme étant de substance inconnue, c'est en ces lieux de travail que tout cela se trouve. Mais pour te décrire un lieu de travail selon la louange qu'il mérite, je te dis qu'il est semblable à une église ou en façon d'une belle grotte voûtée, et c'est là-dedans que la semence et le Ferch sont mariés avec le corps métallique; là ils mangent, se nourrissent, se reposent et travaillent ; là s'y porte et amasse tout ce qu'il y a de plus beau et de plus plaisant dans la terre, de quoi ils s'habillent et se revêtent. C'est comme un autre feu, une autre eau, un autre air et une autre terre. Car tout ce qui s'arrête et perfectionne là-dedans, on ne le peut défaire ici-dessus l'un de l'autre, sinon à grande peine et par l'aide de l'air inférieur, ou si autrement on ne s'étudie de le séparer par la voie du mercure des métaux. De plus, tout ce que ces sorciers ou esprits souterrains font, on ne le peut point facilement diviser, comme cela se voit en l'or qui est si constant dans le feu. Et ce qui est cause de tout cela, ce sont la chaleur et la froidure de la boutique ou officine souterraine, qui se départissent et s'insinuent dans les métaux et s'y affermissent. Car la chaleur et la froidure sont le fondement pierreux, constant, solide et ferme de la terre, qui donne au métal sa vertu pierreuse; et laquelle, se trouvant souventes fois creuse et pleine de fossettes, elle les remplit successivement de métal à la même façon que les abeilles emplissent leurs ruches de miel, tant qu'en fin la terre se divise ou se fend peu à peu et se traîne ou s'éboule dans la fange. Car la pierre ferme de terre ne se consume pas dans la terre, parce qu'elle est une base ou plutôt une lie solide, posée et assise, qui ne permet point que rien n'y entre ou sorte. Ce qui fait qu'il y a différence entre la pierre de terre et entre la pierre de terre ferme : celle-ci est un des fondements stables et constants des métaux, mais l'autre est leur mort et perdition la plus dommageable; ce qui est un arrêt, des tourbier et empêchement des mines. Qui que ce soit ne dirait jamais ni ne s'imaginerait que les pierres métalliques dussent avoir en soi une telle chaleur ou ardeur et une telle froideur toutes à la fois, desquelles la nature manifeste et fait paraître maintenant l'une et tantôt l'autre. Car quand icelle nature forme et parfait les souverains métaux, lors elle cache la chaleur ou ardeur ; mais quand elle produit les moindres, elle cache la froideur. Et elle se comporte ainsi afin qu'elle puisse aider partout, car ce sont là les outils ou instruments, savoir l'ardeur ou chaleur et la froideur. Et c'est par le feu intérieur de la pierre que les substances dispersées sont ramassées, cuites et parfaites, étant premièrement réduites en un corps coagulé et uni par le froid.

Les alchimistes d'aujourd'hui, ignorants et dépourvus d'entendement, n'ayant point égard à la nature ni ne la reconnaissant point, ont des outils et instruments tout à fait étranges, avec lesquels ils font des vases de toutes sortes, selon qu'ils se le persuadent par leur imagination particulière; mais ils n'y entendent rien selon l'ordre de la nature, car elle n'a point d'égard à la différence ou distinction de la forme individuelle, mais elle choisit et prend un instrument bon, valable et de défense, qui la maintient dans l'ouvrage et le travail qu'elle entreprend. Car quant à la forme individuelle, elle viendra bien en son temps selon sa semence ordonnée et convenable.

Et si les alchimistes ne réussissent point en leurs entreprises, c'est qu'ils travaillent avec ignorance et par conséquent inutilement, parce qu'ils ne croient pas qu'il soit nécessaire d'avoir une connaissance pour toutes les choses qui dépendent des mines. Or toute la vraie connaissance que l'on devrait posséder pour toutes choses, c'est de bien connaître cet instrument que la nature emploie en ses opérations. J'en devrais bien faire ici mention, mais je la veux faire en un autre endroit où l'on pourra avoir recours si l'on veut. Ceux qui s'imaginent être les plus entendus estiment et écrivent que c'est en vain qu'on prend garde aux étoiles supérieures selon l'ordre ou instruction des mathématiciens, afin de travailler selon les temps, les jours et les heures les plus propres. Il en est bien quelque chose, mais qui n'est pas beaucoup considérable ni fermement fondé. Or ce qui est assurément bien vrai, c'est que si tu travailles en tes opérations selon ta tête et autrement que nous avons accoutumé, tu travailleras en vain.

Toutefois, c'est une affaire de grande conséquence de bien distinguer et reconnaître quelle différence il y a entre les étoiles supérieures et les étoiles de métal, et comment celles-ci luisent et ont leur influence dans leurs propres corps. Car pour les étoiles d'en haut, elles ont une influence particulière par leur lumière et mouvement. Mais quant aux métaux inférieurs ou de dessous terre, ils ont tous séparément leur influence qui provient de leurs étoiles. Et ainsi chaque ciel a son cours et ses instruments particuliers, èsquels on peut comprendre, entendre et concevoir le propre lieu des étoiles. Tu peux ici t'imaginer deux opinions particulières : l'une que les métaux reçoivent l'influence d'un ciel entier opaque étoile, et l'autre d'un ciel lucide ou transparent. Mais ne te déplais point de la peine et du travail si tu veux expérimenter quelque chose. Et si je parle peu, ne t'en étonne point, car il me faudrait un livre tout entier et fort gros s'il me fallait décrire tout le circuit des mines de dessous terre; encore ne suffirait-il pas, car outre qu'il m'y faudrait nommer toutes les mines, il faudrait aussi que j'entreprisse de prouver que toutes les propriétés que je leur attribuerais sont certaines, vraies et assurées; ce qui contiendrait un très long et prolixe discours, pour imprimer cette connaissance dans le cerveau de chaque ignorant abusé et l'en rendre suffisamment capable, sans y comprendre les matières auxquelles à peine je pourrais donner un nom bien convenable, lesquelles néanmoins je connais toutes; car il ne se peut trouver aucun homme qui dans cette école inférieure et souterraine ait parfaitement appris jusqu'au bout tout ce qu'on y peut apprendre.

Il faut que je te dise ici particulièrement touchant cette science et doctrine qu'il ne se peut écrire aucun livre au monde dans lequel tous et chacun des tours de main, leurs tenants et aboutissants, puissent être décrits et rapportés avec la même rareté et circonstances merveilleuses que bien souvent les ouvriers désireraient. C'est pourquoi il faut que l'artiste ou l'ingénieur sache lui-même, après tant et tant de démonstrations, comment il faut qu'il se comporte par une solide prévoyance qui lui serve d'adresse et de fort appui en son travail, lequel il doit apprendre de lui-même afin qu'il puisse jouir d'un très heureux succès. Voici donc maintenant que je montre et enseigne à qui que ce soit de quelle sorte il faut qu'il opère et s'exerce quand il sera descendu dans la fosse de la mine pour y entreprendre un travail naturel ; étant en tel lieu, qu'il se fasse instruire et qu'il cherche quel est l'instrument le plus propre et convenable pour bien réussir en son travail, et que celui qui l'instruira soit quelque honnête expert ouvrier travaillant effectivement aux mines, homme de bien et non point un bavard ignorant. Tout le monde, aujourd'hui, voudrait volontiers être bien riche, mais il n'est pas toutefois possible de le devenir comme l'on voudrait. Et quand même je serais le meilleur peintre, je ne pourrais pas aisément dépeindre à quelqu'un l'instrument qui lui est convenable à son travail. Mais il faut qu'il le connaisse, qu'il le voie et qu'il le possède entre ses mains, et qu'alors il se mette à travailler.

Je sais ce qu'il faut mettre par écrit dans un livre; c'est ce que j'ai fait et fidèlement exécuté.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE V « DE EGRESSIONE ET INGRESSIONE METALLORUM » OU DE L'ISSUE ET ENTRÉE DES MÉTAUX

 L'ouvrage des métaux témoigne un élargissement et resserrement des métaux. Or, non seulement il faut entendre par l'élargissement ou desserrement l'extraction ou l'extrait de l'ouvrage entier, si bien qu'en un endroit une minière ira à fond entièrement quand elle n'a plus de quoi consommer ou se nourrir, car alors elle avale et engloutit ses propres corps en se consommant et détruisant elle-même. Mais l'élargissement s'entend aussi pour un extrait partiel, car alors une partie chasse l'autre incessamment et la suit de très près, comme tu vois au mercure métallique quand tu le secoues et jettes dehors, de sorte qu'étant versé, il se divise en centaines de plusieurs petits grains vivants qui toutefois recoulent tous ensemble en un corps. Ainsi dans la mine fait le volatil ou lubrique, comme le Ferch se retire aussi de la même sorte par pièces et portions, jusqu'à ce qu'il vienne à un lieu seul, comme une masse ou monceau, autant que sa quantité lui permet, car il ne fournit point davantage de substance que ce qu'il en peut donner de lui-même.

L'autre, savoir le resserrement des métaux, est quand le surplus de la substance minérale bourdonne et bruit vers une autre boutique ou établi de la mine. Ce divisement donne alors sujet à diverses sortes de mines de se parfaire suivant qu'est l'étendue de la place où est le travail, ouvrage et nourriture disposés, et suivant aussi la bonne disposition de la mine. A cause de quoi, dans ce resserrement, le Ferch et la semence s'en vont droit comme avec des ailes dans la partie volatile, laquelle est si mince et déliée qu'on ne la peut pas même bien apercevoir; toutefois elle est feuillue comme un fantôme et comme un tas d'atomes et aussi s'envole à la façon de la poussière très subtile.

Et ainsi il faut que le Ferch ait toujours sa semence, la semence son corps, et icelui ses pointes et atomes déliés et subtils. Mais mon opinion n'est pas que cette partie volatile traverse l'épaisseur de la terre, ni qu'elle se retire en l'air pour y voler en poudre ça et là, et après rentrer en terre, ce qui ne s'accorderait pas. Car il n'y a rien de sa nature à parfaire dans cet air, sinon que par notre moyen cette substance volatile, fut retirée hors de là, et lors elle aurait une autre forme; de laquelle extraction je n'entends pas ici parler, car il arrive rarement que cette partie ou substance volatile se retire de la sorte dedans l'air, mais il est bien plus à propos de croire qu'elle va et pénètre la terre qui est attachée ferme dans le fourneau minéral, non comme nous le prenons et voyons, mais par des autres et certains passages seulement. Car la terre est ouverte à cette retraite et au départ, comme l'eau l'est aux poissons et l'air aux oiseaux, tant que cette substance volatile vienne dans son fond pierreux de métal. Lequel fond pierreux est autre chose que la pierre de la terre, car quand cette substance volatile rencontre celle-ci, elle tourne à l'entour comme l'eau autour d'une pierre, sans couler et passer à travers, tant qu'elle trouve derechef son sentier pour passer dans sa pierre, où elle demeure et reçoit d'icelle la vie et la force, par le moyen de quoi elle se fait corps. Car dans cette retraite et resserrement, elle reçoit une fermeté de métal par la fermeté pierreuse qui la suce et la fait pénétrer d'outre en outre dans les endroits les plus éloignés, et prend en soi une nature coulante ou lubrique, comme quand un oiseau retire ses pieds à lui en volant; et quand cette substance lubrique vient à se pousser trop fort, elle perd quelque chose de son corps. Ainsi cette substance volatile, devenue coulante et lubrique, étant dans sa retraite ou resserrement, se laisse perfectionner en sa vertu et son opération. Car alors qu'elle est là, avec la semence métallique, toutes deux ensemble font croître le métal. Et icelui attire à soi d'une façon émerveillable sa viande et nourriture dont il s'entretient derechef. Or c'est une chose digne d'étonnement qu'en ce resserrement, lorsque la substance volatile lubrique approche et vient de plus en plus en son lieu de traverse, elle s'accroît et fortifie derechef subitement, tant qu'enfin le métal se perfectionne de nouveau et s'accroisse dans le lieu de travail naturel.

Or on ne peut signifier ni enseigner du tout une meilleure manière que celle-là, par laquelle on puisse bien connaître quel est le renforcement dont je parle. Car c'est par icelui que le mercure devient métal, parce que le mercure dans sa nature liquide se glisse et se soumet dans ce lieu de travail, là où étant logé, il se coagule et congèle, suivant que les semences corporelles métalliques sont masculines ou féminines, jusqu'à tant qu'à la parfin il soit rangé et réduit sous un corps fixe solide, soit ou d'or ou d'argent. Ce resserrement, ou ingression, rend le lieu de la terre tout noble et tout fertile. Et lorsqu'il y a de l'airain croissant en œuvre, c'est lorsqu'il y a un air sain tout à fait en cet endroit-là; et si au haut de telles mines on n'infecte point l'air ambiant par des fontes et fumées venimeuses, il fait bon y habiter. On doit aussi en ce lieu comprendre tout le travail d'imitation, comment c'est que l'on doit commencer tout l'ouvrage entier, afin que l'airain demeure et ne s'évente point, mais se maintienne en son accroissement et demeure toujours près de son corps propre, d'où il ne se départ pas volontiers quand il y est une fois bien entré et qu'il s'est introduit dans le travail. Car il ne repose point dans son lieu, comme non plus en toute sa marche, ains travaille toujours. Et se fait voir doucement que c'est du Schliessig ou du Flüssig dans lequel icelui airain s'en va rendre en un corps coulant, ou sel de terre, lequel sel y remue et roule si souvent et longtemps, voire se tourmente et agite jusqu'à tant qu'il reçoive et recouvre un corps liquide, et en après un corps de terre; lequel devient toujours dur de plus en plus. Et cela s'appelle dissoudre et coaguler ou congeler, liquéfier et figer, comme il convient de faire au mercure, lequel par ce moyen produit quelque chose de bon.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE VI « DE RESOLUTIONE ET REDUCTIONE METALLORUM » OU DE LA RÉSOLUTION OU FLUX ET RÉDUCTION DES MÉTAUX

Il se trouve que la chaleur naturelle est la cause de toute la mollesse des métaux, lesquels en deviennent coulants. Or de ce que la semence des métaux est ardente entièrement en elle-même, c'est certainement la chaleur qui en est la cause; aussi cela provient du remuement et mouvement et du lubricum ardent, ou flux chaud et igné, d'autant même qu'il y a de l'huile dans la semence métallique, laquelle a un flux beaucoup plus ardent quand elle arrive en son lieu de travail. Car d'autant que cette semence est chaude, aussi son flux s'en fortifie encore davantage et devient ardent et brûlant dans son ouvrage. Il en a même bon besoin, car il ne pourrait point faire entrer la semence dans son corps, ou masse métallique, si cette semence n'était coulante et molle, laquelle n'y peut pénétrer ni entrer, si ce n'est par la chaleur qui lui cause la facilité de couler. Car rien de coulant ne peut s'approcher du métal, ni y être reçu et introduit, que par le moyen de la chaleur précédente dudit flux igné porteur de la semence. De plus, pour la purification des métaux, le flux est nécessaire, utile et de service, afin qu'ils parviennent par l'entreprise de cette voie et ouvrage jusqu'à la fin et intention dernière de leur but. Or ce flux est différent de l'autre, celui-ci étant artificiel par lequel on fait couler ou fluer le corps métallique seul ou autrement. Car on le fond comme fait le fondeur quand par la fonte il en sépare les excréments. Mais la nature ne fond pas en cette sorte-là dans la terre, ains elle fait comme la semence ou graine végétable qui croît ici, laissant là le grain et la paille ensemble. Et ainsi il y a une grande différence entre le flux de la nature et entre notre manière de fondre, et si nous nous étudions bien à observer les différences des flux et fontes, nous apercevrons beaucoup moins de perte, et de déchet en nos opérations. Il me faut aussi faire ici mention de ce qu'on est grandement occupé après l'or potable, et comment c'est qu'on pourrait le produire et faire venir à bonne fin. Il se trouve un tas de maîtres qui veulent prendre ce qui n'est pas encore séparé de son métal, ce qui a aussi encore en soi la cendre des excréments et même quelque chose de pire. Et pour ce, ils prennent de l'eau corrosive ou aigre, de l'eau de vie ou semblable liqueur. Mais dis-moi, je te prie, que prend la nature quand elle veut rendre coulant une eau gelée? Elle ne va pas prendre des eaux comme sont celles-là, ains seulement elle y emploie une chaleur ou ardeur pour toute chose. C'est pourquoi imite-la, toi qui es philosophe, et fais de même. Et quand tu veux prendre le corps métallique, ainsi qu'il a été perfectionné par la nature et nous a été donné au jour par fonte et affinage, et que tu veux le rendre et ramener en sa première matière, réveille le Ferch, et tu auras chaque corps métallique potable. Quand donc le métal a été fait et rendu pur, net et plus fin, il n'a plus alors aucun excrément. Partant, laisse-moi là l'addition des choses ou liqueurs corrosives, car le flux de telles matières endurcit les métaux. Il ne faut pas l'entendre extérieurement pour ceux de dessous la terre, comme aux nôtres ci-dessus. Car quand un corps métallique doit devenir dur, on le durcit par dehors. Mais la nature ne fait cela, car elle durcit la semence métallique, et alors le flux d'icelle s'abat et s'arrête, dont il provient une telle dureté de laquelle la manière de fondre ci-dessus ne peut rien ôter. Lorsqu'une eau se congèle par le froid, il lui arrive de frémir et se resserrer un peu et toujours de plus en plus tant qu'elle se fige et congèle tout à fait jusqu'au centre. Mais ici, en la semence métallique, l'endurcissement se fait de dedans en dehors. Et c'est de là qu'on apprend à exécuter le beau et glorieux fondement et projet qui réduit le mercure des corps en un degré naturel excellent sur tout degré, à savoir stratum supra stratum, c'est-à-dire en le perfectionnant lit sur lit. Car c'est de cette sorte qu'ont été assemblés les métaux.

Et ainsi il faut ensuite se comporter dans l'ouvrage artificiel. Et de là aussi vient le fondement d'abattre et d'estropier le mercure des métaux pour prendre, enfermer et enserrer la substance lubrique ou coulante. Mais il ne faut s'imaginer qu'un tel endurcissement se fasse à la même façon comme on endurcit un fer en le réduisant en acier, et puis en le rendant mol comme [de l']étain, car cela ne s'appelle qu'une dureté serrée. Mais l'endurcissement du mercure, ou semence métallique, est toujours ferme et tient son corps souple et maniable et dur également. De sorte que le feu de ci-dessus ne lui peut porter aucun dommage, car tous les endurcissements et duretés artificiels d'ici-haut se peuvent relâcher dans le feu, [mais] non pas celles-là qui sont naturelles, car elles soutiennent ici-haut tous les essais et épreuves du feu. Et comme toutes les duretés ou endurcissements qui se font ici-haut durcissent les corps métalliques et que ces corps se durcissent dans l'eau, tout au contraire dans les mines, il faut tirer hors des corps métalliques toute l'eau ou la superfluité flegmatique qui y est enfermée, et ainsi ils deviennent durs à l'air. Car l'air qui est dans la terre durcit la terre à ce qu'elle demeure terre et ne se change point en pierre. Aussi la terre durcit l'eau à ce qu'elle ne puisse couler tout en un monceau et ne se change en pierre ou ne devienne en perles ou pierres précieuses, ainsi qu'elles en peuvent être faites. Or la manière par laquelle on doit ôter le feu intérieur qui est dans les métaux, c'est là tout le plus haut point ou mystère de cette science, mais facile à concevoir, et [qui] se retrouvera en son lieu quand j'écrirai plus amplement de semblables choses. Mais je nomme cela en cet endroit — comme il appartient à gens qui sont ouvriers es mines, par les paroles desquelles je me sers aussi maintenant — le repos, qu'un tel feu qui gît dans le sujet métallique possède tandis qu'il y séjourne, lequel feu étant tiré entièrement dehors son repos et corps métallique ne laisse rien de reste après soi qui soit valable ou bon. C'est-à-dire que ce feu-là est justement le lubricum, ou la substance lubrique ou coulante, et la volatile joints ensemble ou tout justement l'un près de l'autre; il faut donc enlever une telle chose et la produire en vue avec pureté et netteté.

On voit que dans le Schiefer, ou matière d'ardoise de Mansfeld, la substance volatile et le lubricum, ou substance coulante, n'y paraissent point. Car l'impureté et ordure est là parmi le sujet ou corps métallique, lequel n'est point un ouvrage qui soit aucunement beau ni pur, mais ce n'est qu'un mélange et un ramas.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE VII « DE ASCENSIONE ET DESCENSIONE METALLORUM » OU DU CROISSANT ET DÉCOURS DES MÉTAUX

 Cette nouvelle façon de procéder et d'écrire du métal prend son fondement et sujet de l'expérience. Car la première entrée du Ferch continuelle augmente et fortifie d'abord dans le lieu du travail, ou matrice métallique, le mercure des corps ou masses métalliques, tant qu'il parvienne dans sa pleine force et vigueur. Puis, quand il est devenu puissant et fort en soi, il commence peu à peu à se vêtir d'un corps, et, pour le premier, il se sert de tous le plus chétif. Lequel aussi il quitte bientôt, comme étant par trop abject, car, entre tous les corps métalliques, il ne s'en peut point trouver un moindre et plus vil que le Saturne, qui est si mince qu'on le voit comme l'on voit un beau corps à travers une fine toile de lin bien claire. Et à travers icelui corps de Saturne la spiritualité, ou corps spirituel, qui y est, est le métal de mercure ou, pour parler plus proprement et le nommer plus justement, c'est le singulier et propre corps mercuriel et simple d'icelui mercure : lequel, en ce travail naturel, montre et fait voir aussi quantité d'autres beaux ouvrages. Car de sa terre la plus subtile il en fait un habit à Saturne; après cela, ce mercure fait monter Saturne plus haut en lui donnant un habit plus dur et meilleur qui ne lui est pas si léger ou facile que celui dudit Saturne, mais lequel toutefois il peut quitter avec aussi peu de peine. Ce qui provient du travail du mercure des corps métalliques. Car un tel mercure est tout le plus ardent et actif, à cause de sa fluidité subtile, comme il le témoigne en Saturne lorsqu'il vient en son croissant, ou croissance, car, de la terre qui est son corps, il en fait un corps cendreux ou terrestre à Saturne. Ce qui est cause que Saturne est grandement impur et cendreux et n'a qu'un commencement de son, à cause qu'il est [un] métal qui n'est pas ferme. Et toutefois il doit être incorporé au plus proche, qui est le fer, car il sonne un peu plus obscurément et sourdement, et est aussi quelque peu plus éloigné d'icelui fer et tant plus près à Mercure à cause de l'ardeur ou fluidité.

Prends garde maintenant à ce métal de fer, lequel, en croissant, est gisant et attenant auprès les cendres ou impuretés minérales, là où il est purifié par l'eau de Saturne; mais il ne sera pas ici-haut un verre tiré des cendres et du sel de l'eau de terre ou de l'eau de Saturne, et du sable ou pierre. Mais qu'est-ce que le verre souterrain? C'est ce qui ne se casse et ne se brise point et sonne toutes fois comme fait le fer. Or la nature a renversé ceci à bas si on le frôle et sonne, mais icelui fer est grandement serré quand il est pur et net; c'est pourquoi il est grandement ferme et, pour ce, il est ici dans la mine entouré de pierre ou sable, lequel en ce travail se mêle avec la cendre et eau de sel, et ainsi ce métal de fer est un verre de la terre ou un ferme fer de verre sombre. Après cela, dis-moi, si l'on donne ici-haut à un tel métal entier et parfait la couleur de terre, si cette couleur ne sera pas celle du cuivre? Oui-da, en vérité. C'est pourquoi nous voyons journellement que du fer on en fait un autre métal, comme cela arrive naturellement lorsque, laissant infuser le fer dans une lessive minérale, ainsi qu'il se pratique en Hongrie et ailleurs, il se charge d'une couleur métallique, et enfin est converti en fort bon cuivre. Toutefois ce fer retient encore de la qualité de verre de terre, combien qu'il ait été touché et pressé un peu de sa couleur par les mercures des corps qui ennoblissent de plus en plus le flux du fer en souplesse, constance et stabilité. Et, pour ce sujet, aie ici ta pensée attachée sur cet instrument de couleur, lequel tu trouves et rencontres tout apprêté prés d'un tel corps métallique dans l'officine souterraine qui te donne maintenant l'expédient et [le] moyen de changer ce métal de fer en cuivre, avec un grand gain et accroissement de richesses.

Laisse maintenant cette couleur en arrière et contemple comment le mercure des corps passe encore par tant de corps blancs qu'enfin il parvient incessamment à une belle suie blanche, la plus stable et la plus excellente en beauté, de laquelle il se revêt et se fait ou se transmue finalement en un corps d'argent excellent et pur. Et ainsi il devient si dur dans ce corps lunaire qu'on ne l'en saurait faire sortir par l'ardeur du feu ; car il a passé sept fois par toute la plus grande chaleur inférieure, laquelle détruit d'ailleurs les corps qui sont capables d'être réduits et ruinés s'ils ne sont et ne viennent à être étroitement incorporés au mercure des corps.

De plus, n'ayant point l'occasion pour te faire récréer maintenant sur le feu de l'élément supérieur et inférieur, ni ne t'en pouvant même donner le moyen, contemple donc comment et en quelle manière c'est que la nature travaille, monte et s'avance si gentiment, car elle calcine en chaux par son progrès et travail naturel le corps entier de l'argent. Et cette chaux n'est autre chose qu'un corps d'or qui reçoit sa teinture et couleur rouge de la perfection et hautesse que le feu a en soi et qu'il lui peut octroyer. Et il faut que l'on garde cette même couleur jusqu'à ce que derechef elle en sorte et descende, car le feu même la peut forcer et contraindre en l'anéantissant. Mais pour ce qui touche cette descente, contemple bien l'ascension et sache que la différence de celui-ci, savoir de l'or, c'est qu'en son montant la teinture lui est préalablement présentée et [qu'il] la prend avant le corps; mais il la peut prendre bientôt. A cause de quoi ces airains ou métaux dévalant ainsi sont plus parfaits et perfectionnés que les montants.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE VIII «DE METALLO RESPIRANTE » OU DU MÉTAL VIVANT

 D'autant que c'est faire une grande irruption ou un grand effort contre la nature que de s'appliquer au travail des mines, aussi permet-elle qu'on recouvre dans ces mines diversité de métaux. Et pour cette cause il a fallu faire une distinction entre iceux, afin qu'on n'eût que faire de souffrir de la perte et du déchet dans le travail, car chaque sorte de métal a son nom et sa propriété particulière et se laisse aussi reconnaître avec la verge. Et encore que ce soit une bonne connaissance que de savoir discerner et distinguer le métal par les couleurs, comme est la [couleur] aurée-rouge, la couleur verre, celle de vert de mine et celle de noir de mine, néanmoins on ne sait encore par là si entièrement quel est le fond du travail afin qu'il ne se fasse point de déchet en fondant. Je dirai ici tout ce que j'en puis connaître afin que je montre et enseigne comment il faut savoir la propriété d'une mine, d'un métal ou d'un airain, avant que le métal en soit abattu et tiré dehors, à savoir à coups de marteau, tandis qu'il est encore sous la terre prés de sa Witterung, c'est-à-dire près à se perfectionner. — Ce mot de Witterung signifie ce qui se fait au-dessus de l'air, dans l'espace du temps qu'il y tonne et tempête et, en bref, lorsque les furies ou orages tempestueux y dominent : ce qu'il faudrait exprimer en un seul mot à l'advenant de l'élément; je dis en un seul mot au féminin comme coction, perfection, accrétion, etc. De plus, il faut en voir l'explication qui en a été faite sur la table des matières de ce livre où le vrai mot est employé — Car nul airain ou métal ne se wittert ou perfectionne seulement que sous la terre, car nonobstant qu'il se wittert ou perfectionne en haut, ce n'est toutefois qu'une faible Witterung ou perfection qui ne s'éloigne pas du corps métallique. Néanmoins, la verge ne laisse pas de frapper ou s'incliner sur ces métaux supérieurs, ou d'en haut, et c'est là le plus grand signe et avantage qu'ils tiennent de la bonté métallique; car ces métaux-là se wittern ou perfectionnent par le feu clair et ardent. Mais il arrive que quelquefois les sieurs fossoyeurs ou mineurs n'amènent rien autre chose que Flug et Schliess, ce qu'on tâche de purifier sur les grils par le feu, où l'on peut subir trois sortes de dommage. Car premièrement, de quelques-unes de ces matières métalliques il s'envole dès lors quantité de métal;

et même le demeurant rétient aussi tant de volatil qu'en le fondant ensuite on en perd souventes fois beaucoup. Secondement, le demeurant susdit cesse aussi d'être si maniable et si souple, et l'on ne peut l'aider à recevoir souplesse que fort ma]'aisément. Tiercement, quant à ces minéraux ou métaux qui sont élevés ou en haut, si on les brûle pressés et serrés seuls il y a grand déchet; lesquels autrement donneraient un grand profit et avantage pour le travail d'imitation ou de la suite, et même pour la médecine, car on la prépare aussi par la nature minérale et métallique. Il y a aussi des ouvriers qui travaillent d'autres minéraux inutilement et sans fruit de leur peine.

Du vitriol fossile qui se trouve à Goslar, près ou attenant duquel croît de l'argent ou de l'étain dans la même mine, étant là diligemment préparé, l'on en peut sans aucune addition faire du cuivre; duquel cuivre l'ont peut ensuite faire du vitriol et par après une huile qui guérit la lèpre, la podagre et toutes autres sortes de gouttes. Si donc on brûlait ce vitriol ainsi négligemment avec l'argent, ce serait sans doute un grand dommage. C'est pourquoi d'entre divers métaux j'en prends un qui wittert ou perfectionne en soi et achève de wittern ou perfectionner en digérant. Nonobstant que la Witterung ou la perfection tirée hors de lui soit plus forte, c'est là un métal vif quant à la propriété de la vie qu'il contient, car ce qui participe du souffle est vivant. Or la Witterung ou perfection est à comparer à la vie. Et un tel métal, ainsi que l'haleine, s'augmente et fortifie aussitôt. Et ainsi qu'un jeune enfant, de dix ans en dix ans se perfectionne, de même ce métal s'avance et monte tant qu'il parvient à la fin dans l'état d'un corps souverain. Et alors il reçoit un autre nom, tellement que l'on peut concevoir que comme il y a une grande différence entre un mort et un vivant, ainsi se trouve[-t-]elle en ce métal entre son premier état et entre ce sien dernier. Ce qui est ici bien à peser et à considérer, car une telle différence apporte et cause un beau travail et net. Et à ceci appartiennent tous les airains qui, étant mélangés, ne viennent point à être divisés plutôt que lorsqu'on en fait la séparation selon l'usage ordinaire; comme, par exemple, il se rencontre dans toutes les mines de la Hongrie de l'argent auré, c'est-à-dire dans lequel il y a de l'or qui en sa couleur est pur et net, sans aucune diminution du plus haut titre. Et si cet argent auré demeurait toujours dans le travail naturel, sans qu'on en eût extrait et séparé l'or hors de saison, cet argent serait finalement devenu tout or. Et même l'on peut fort aisément et facilement lui aider à son élévation et perfection, et ce par la cimentation. Et alors c'est le meilleur pour employer à l'usage de la monnaie.

Semblablement, en la province de Mansfeld, il se trouve plusieurs sortes de cuivres, entre lesquels les uns sont meilleurs que les autres dans le travail, car ce n'est que par un petit défaut qu'ils n'ont pas été d'argent tout à fait. Mais les meilleurs cuivres sont ceux qui ont des couleurs fort remplies et pleines et qui ne les ont pas perdues comme l'Electre. Ainsi en est-il des autres métaux. Et ceci est bien remarquable que ces cuivres aient cette propriété que le corps principal, et de plus de valeur pour notre intention, cache le moindre tout net lorsqu'ils sont fondus, celui-là ne s'apercevant point ni ne se distinguant point que par la séparation, par le moyen de laquelle ce corps principal s'aperçoit. Et on ne le peut ainsi posséder tel que quand il est encore dans [la] terre. Car si c'est un airain qui wittert ou se perfectionne, il est certain que c'en est un qui est mélangé de la sorte comme je l'ai maintenant décrit. Tu te peux fier à cela sans épreuve, encore bien que le gâteau en masse d'airain ait une couleur tout argentine ou tout à fait une couleur de cuivre. D'où l'on voit et connaît maintenant tout apparemment comme la nature augmente un corps, le faisant monter et avancer toujours de plus bas en plus haut, ce qui est inférieur devenant supérieur. Mais entends ceci emblématiquement ou d'une manière emblématique. Car les corps qui sont défunts ou détruits y apportent du leur en y ajoutant de leur substance de plus en plus, et ainsi se rendent plus pesants dans le mercure. A ceci coopéré aussi beaucoup pour la perfection et avancement du corps métallique sa propre viande, ou nourriture, laquelle n'est autre chose que les minéraux préparés naturellement. Lesquels causent la teinture aux dits corps métalliques, ni plus ni moins qu'une excellente viande fait le bon sang au corps humain. Et c'est de là aussi que viennent et sont produites les fleurs des minéraux. Or quiconque ne peut pas connaître ni apprendre en cette manière tout ce que je viens de dire, il ne l'apprendra jamais d'autre façon. Car c'est ainsi qu'arrive au corps métallique la véritable teinture ou couleur, non une couleur tirant sur le gris pommelé ni sur un blanc ou rouge trompeur. Aussi lorsque les degrés lucides et transparents d'un tel airain riche en beauté, mélangé et haut élevé, viennent à se rompre et se perdre, on le pourrait bien encore faire passer pour un électre, mais improprement. Car les couleurs ainsi mêlées l'une parmi l'autre dans cet airain lui donnent une apparence et un éclat si beau et si magnifique qu'il paraît comme une chrysolite ou comme de l'ambre excellent qui est diaphane et transparent.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE IX « DE METALLO EXPIRANTE » OU DU MÉTAL MORT

 Il est des métaux comme de toute autre créature vivante sur terre, qui est de déchoir et s'amortir dans leur temps et heure ordonnés en l'être de leurs corps qui leur avait été semblablement ordonné. Car quand la nature métallique, ou le corps d'un métal, est parvenu jusqu'à l'or, il arrive qu'il en redévale lorsqu'il a faute de nourriture; et, à cause de la faim, il recouvre ou reçoit une Witterung ou perfection plus forte ; de cette Witterung ou perfection renforcée vient une Witterung ou perfection dépendante, et une Witterung ou perfection de feu, comme aussi une Witterung ou perfection d'air. Or quand la Witterung ou perfection dépendante devient plus forte à un corps métallique que la Witterung ou perfection de renfort, alors ce corps métallique dévale et déchet tout bellement. Et c'est ce que l'on nomme lors un airain mort ou un métal mort, car il lui meurt incessamment un corps extérieur, l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'enfin il se retire entièrement en quelque endroit de la mine avec son Ferch et sa semence. Or on reconnaît que le corps des métaux a une belle Witterung ou perfection par la verge particulière de chacun d'iceux. Et ceci a pareillement son lieu et son travail séparément, car en tous deux, en celui-ci et au vivant, se trouve un grand gain. Et remarque et prends bien garde justement que quand un métal meurt derechef par le déclin de sa perfection entrant en un autre corps, c'est de même qu'un homme qui perd sa couleur corporelle, ensuite aussi son corps, c'est-à-dire la pesanteur. Et ainsi l'or ne devient point en argent auré, ains en un électre, c'est-à-dire en un or qui a perdu sa couleur. C'est là un grand point d'épreuve, que l'on puisse reconnaître un semblable argent auré en le discernant et distinguant d'un vrai argent. Car l'on trouve qu'il est plus lourd que d'autre argent tout pur, pour ce qu'il a le corps de l'or et n'en a perdu que la couleur seulement. Mais c'est encore un joli tour de main, qu'on lui puisse rendre et rétablir fixement la couleur qui était morte en lui. Bref, dans la séparation il retient toutes les qualités de l'or en soi. Ainsi en est-il de l'argent rouge qui a perdu sa couleur, et de cette sorte s'est accordé et engagé avec le cuivre, tellement qu'il meurt en son corps. Mais pour ôter maintenant cet argent hors du cuivre et lui donner derechef sa propre et singulière couleur, c'est une grande science que les fondeurs ne savent pas et qui dépend de l'art chimique et de l'industrie du travail. Or je vous laisse à penser combien il peut y avoir de personnes qui maintenant se trouveront avoir acheté de ces électres ci-dessus remarqués et qui ne les auront pris que pour de l'argent et du cuivre. Mais quel gain et quel extrême profit n'en auraient point faits ceux qui s'y connaissent bien? Et ce que je dis des électres de ces deux, il en est de même de ceux des autres métaux, comme par exemple tout le fer qui se tire de la Hongrie est spröd ou mêlé. Et en voici la raison : c'est que le cuivre dont il est fourni et plein naturellement n'en est pas dehors. Car quand il en est dehors, comme en effet on l'en peut tirer aisément et subtilement, n'en provient-il pas du pur fer et de l'acier d'une telle qualité que sa dureté n'a point d'égal, car on en fait des sabres et cuirasses qui ne peuvent être entamées, percées ni traversées par aucune sorte d'armes ou par aucune pièce d'artillerie, et ne laissent pas d'être fort légères. Remarque aussi que le lubricum ou le coulant du mercure et celui de ces électres ont lieu dans un déclin, car il est plus aisé et plus promptement fait de chasser ou extraire quelque substance d'une matière qui est glissante que d'une qui est dure; voire il en demeure toujours quelque chose en arrière. Aussi ces dits électres font-ils à l'égard des corps tingents et coulants, lesquels ils quittent toujours quand ils s'élèvent et s'ennoblissent et qu'ils joignent à soi ensemblement leur corps simple et leur partie volatile en croissant. Et sache que quand tu as un de ces instruments ou électres en main, si tu veux en faire ensuite un travail d'imitation, il faut que tu t'attaches au lubrique ou au volatil, car ce sont deux mains de secours desquelles tu ne te peux passer et esquelles il faut que tu apprêtes l'instrument si tu veux qu'un corps métallique vienne en haut ou en bas. Prend aussi garde au flux en ce métal, car il est plus ouvert que les durs quand les couleurs commencent à échapper, desquelles néanmoins c'est le propre de fortifier. L'instrument aussi devient coulant et se ramasse plus qu'es métaux qui sont vivants.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE X « DE METALLO PURO » OU DU MÉTAL FIN

Lorsque le métal en croissant ou en décours est dans ses sept systèmes ou conditions, il se supporte et entretient tant qu'enfin il se rend dans un autre corps. Si donc quelqu'un vient à rencontrer un pareil métal ou airain, ou une telle mine, il se peut bien assurer que c'est là le plus pur métal qu'il puisse recouvrer et avoir en tout le monde. Vrai est aussi qu'un tel métal est nommé ici-haut par nos fondeurs un métal très fin. Mais notre superficie métallique qui n'a été encore mise en usage est une chose impure auprès de ce métal, auquel s'il manquait un seul petit grain dans les épreuves, il ne serait pas encore comme il faut. Or un tel métal est ainsi qu'on le peut croire grandement bon et maniable et bon à la forge. Et [ain]si il ne perd rien dans quelque sorte de travail que ce soit où on l'emploie. Et encore que tous les métaux puissent être réduits au très fin, toutefois pas un ne deviendra plus fin que l'or, auquel pas un élément ne touche plus pour lui pouvoir retrancher quelque chose et le rendre en un spolium autrement nul et vain. L'argent qu'on trouve à Markirchen en Lorraine est très fin, et ainsi des autres métaux, lesquels sont dits et appelés très fins lorsqu'ils sont purs et privés de l'excrément. Toutefois, s'ils en sont entachés, on le peut bien détourner, séparer et retrancher, en sorte qu'icelui excrément ne leur porte aucun dommage quant au très fin qu'ils contiennent. Il se trouve souvent dans des mines d'argent du cuivre pur et fin que l'épreuve fait connaître y avoir été naturellement engendré. Lequel cuivre l'on peut rompre ou séparer bientôt de l'argent, quoiqu'il le faille refondre à cause de son spolium, ou à cause de ses couleurs et fleurs étrangères qu'il a. Ce qui se fait toutefois fort aisément. Donc on peut concevoir une belle instruction comment on doit faire venir les couleurs des mines, comme l'azur et le vert de montagne ou de mine, fussent-elles même dans le verre de mine. Car telles couleurs se tiennent volontiers près de cet airain pur ou de ce métal pur, nonobstant que d'abord elles ne paraissent point à la vue. Or dans le midi, comme le susdit où un tel métal y est tout à fait pur, aussi de tant plus abonde[-t-]il en un mercure corporel qu'il produit de lui-même naturellement, soit en croissant ou décours. Mais icelui mercure prend un autre corps à soi. Et c'est pourquoi il est maintenant évident comment par le travail artificiel imité l'on peut avoir et extraire ce mercure d'un ou d'autre corps métallique, et comment on doit préparer le corps dans lequel est le mercure et d'où il doit venir. Mais il faut que le corps métallique soit pur et très fin. L'or des mines d'Italie, et particulièrement de la Valachie, là où il est plus pur, montre que le mercure métallique dévêt et quitte son corps et qu'il l'envoie dans un corps fort serré dont s'en fait un or fin. Aussi voit-on dans des terres glaises que le mercure y prend si fort et si ferme, et ne s'en faut guère qu'il ne rapporte lui seul au spolium ce qui l'empêche ainsi. Car autrement icelui mercure se transforme et s'élève lorsqu'on vient à réveiller avec lui un autre corps métallique, parce qu'un corps veillant et un autre dormant n'expédient rien; mais il faut qu'ils veillent tous d'eux. Or quand dans l'engendrement ou naissance d'un métal, comme de l'or, il n'y aurait qu'une petite ordure, c'est-à-dire un corps étranger, ses parties pures ne pourraient pas s'assembler, ainsi que tu vois dans la dorure. Et pour ce il te faut bien ici remarquer et apprendre à connaître quel est le premier corps des métaux et savoir que quand les métaux ont quelque obstacle qui les empêche de s'élever, s'augmenter et conjoindre, une seule sorte de métal les peut amener ensemble et les perfectionner; ce que ne feront pas d'autres sortes de corps métalliques que je nomme ici du nom de corps, parlant en général. Tu vois dans le corps des métaux combien le mercure est dur et resserré en son flux, en sorte qu'on ne l'y peut point prendre à cause de sa propre pureté. Car il n'y a en lui, à proprement parler, aucun métal. Car aussitôt qu'un corps métallique se joint à lui, le voilà incontinent discord et rendu désuni. De là on voit comment on peut mettre les métaux en repos de leur travail, savoir quand auparavant ils sont purs. Car dans un instrument pur on y peut faire entrer tout ce qu'on y doit faire entrer. Car [tu] t'aperçois de cela au mercure des métaux, lequel tu ne peux voir à cause de sa pureté, sinon dans son flux ou réduction. Or le mercure des métaux est le flux des corps mercuriels métalliques, c'est-à-dire si l'eau s'y joint, ou le mercure des corps des métaux qui est entré dans l'eau au lieu de l'air. Lors pense quelle grande science c'est là, mais qui toutefois peut être aussi facile à faire que de pouvoir attirer et amener le vent ou l'air hors d'une eau et y mettre un autre mercure. Si tu amènes l'air qui est dans la terre hors de la terre et y mets au lieu d'icelle le mercure des corps des métaux, tu as un mercure en un coagulé. De là regarde comment tu le pourras toi-même coaguler, mais d'une autre manière et façon qui n'est pas tout à fait ni commune ni connue.

Apporte donc incessamment un autre mercure des corps en la place de l'eau, et tu as une belle perle. Prends ce même mercure des corps et l'apporte dans une terre qui est pure au lieu de l'air, et tu as une pure pierre précieuse comme tu la dois avoir et selon l'espèce du pays et comme la terre participe en couleur; ou bâille-lui la couleur, car cela n'est pas non plus difficile à faire. Ces petites pierres et semblables viennent toutes dans la pureté et sont tirées d'icelle, mais le travail naturel fournit seulement tout un tel fond. Les personnes qui discourent tout à fait mal des philosophes ne valent pas grand-chose au sujet de leurs inventions magnifiques des trois principes desquels tout cela provient. Essaye-le et tu diras qu'il est vrai.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XI «DE METALLO IMPURO » OU DU MÉTAL IMPUR

 On trouve bien quantité de métal minéral, mais il s'en trouve peu de pur. Car il y en a très peu qui ne perce ou qui ne soit mélangé l'un avec l'autre, dont il faut aussi faire la séparation. C'est pourquoi j'en veux ici discourir séparément. Mais quant aux grands frais qu'il convient [de] faire pour séparer particulièrement les métaux hors de leur mine grossière, c'est de quoi je laisse parler les fondeurs et ouvriers. Or par la manière que l'on a inventée pour séparer le métal de la mine, une partie qui est la plus fixe demeure par le travail et l'autre s'envole et s'enfuit. Mais les épreuves qui sont adroitement bien conduites ne donnent pas peu de profit. Toutefois les minières qui vont en croissant ne se peuvent traiter ni éprouver qu'avec de forts grands frais et des dépenses. Et pour trouver les électres  et les attirer dehors leurs mines par la séparation, cela est bien plus difficile, tant pour la fonte que pour les expériences qu'il en faut très industrieusement faire. Aussi les ouvriers rusés et subtils peuvent fort facilement faire accroire que du fer et du cuivre ils en feront de l'argent. Oui bien, s'il y en a premièrement comme par exemple dans la Suède, l'Osemund a toujours de l'argent quand et soi : ils n'ont qu'à l'en tirer en chassant et brûlant le fer, et ainsi ils trompent le monde. Mais feront-ils la même chose au fer de la province de Meyer? Je les en défie. Et, partant, garde-toi de ces trompeurs-là.

Sache et observe ceci que la nature demeure volontiers dans l'ordre proche de son ouvrage, en ce que dans son croissant et décours elle a toujours deux minières, même parfois trois, l'une quant et l'autre, par lesquelles elle donne à entendre le travail d'imitation. Et cependant l'on veut ici-haut s'imaginer d'autres manières de travail; aussi on ne trouve rien. Or prends garde presque à toutes les mines qui sont dans l'Europe, et tu trouveras quantité de minières impures.

C'est-à-dire que plusieurs d'entre elles sont près l'une de l'autre, ou mêlées en une masse ou en un tas, car ainsi la nature les a voulu engendrer en nos quartiers, autant que nous le pouvons apercevoir par les mines qui y sont découvertes et éprouvées. Et si tu m'en montres d'autres, je changerai mon opinion et croirai à ce que tu m'en as appris. Aussi est-ce ici le second fondement, que les métaux montent et descendent et qu'ils vont et viennent l'un dans l'autre pour leur perfection. Car si chacun avait un travail et instrument tout particulier, l'on n'aurait besoin de tant de travaux et de peines à les fondre, comme il est requis pour bien faire la séparation l'un de l'autre. Car de la pierre et du bois sont malaisés à ajouter ensemble, car ils ne s'accordent pas et sont des instruments différents. Mais ceux-ci, c'est-à-dire iceux métaux mêlés, conviennent et s'approprient assez aisément ensemble. Il faut aussi néanmoins de la peine et du travail pour les tirer séparément. C'est pourquoi considère toujours soigneusement les corps de deux sortes de manières, et tu n'as pas une des moindres instructions. Premièrement, comme et avec quelle sorte de feu tu dois séparer les cendres d'avec la suie, et [tu] as déjà appris à séparer deux sortes de métaux; puis la terre d'avec la couleur, et tu as derechef appris la séparation par une deuxième sorte. Et ainsi des autres. Secondement, prends garde au flux que tu fais; et pour le bien faire, agite-le par le feu froid avec le chaud, et par le feu chaud avec le froid, et tu pourras séparer les corps d'avec le mercure. Et ainsi tu as déjà séparé les métaux sans perte et sans déchet.

Sois soigneux de t'accoutumer avec diligence à retenir les noms de toutes les mines et de leur appartenance, excepté les noms que les mineurs et Ouvriers donnent eux-mêmes aux choses, car les noms qu'ils donnent aux minières sont faussement donnés aux corps. Car telles gens qui bâtissent, bêchent et travaillent aux autres cavernes et passages, ont l'instrument ou outil des corps selon les lieux des mines et y font une distinction ou différence comme l'on observe en la chanson du Bimsen, et ce, inutilement. Mais quant à toi, donne les noms selon la propriété et manière des sept corps et apprends à bien préparer l'instrument de chaque corps afin que tu en fasses davantage de profit. On emploie de grands frais à faire et composer les eaux fortes, aiguës ou dissolvantes, afin de détacher et extraire les substances les plus fines et sublimes l'une d'avec l'autre. On fait aussi quelques eaux qu'on emploie dans le lavoir et qui ont leur nom particulier. Elles ne sont pas à estimer, non plus que les eaux fortes, car elles apportent toutes un grand venin au travail. C'est mieux fait de se servir de lessives fortes et pénétrantes, lesquelles ne sont pas si dangereuses que les eaux fortes. Qu'on apprenne donc à faire de bonnes lessives au lieu de ces eaux fortes.

Il se trouve aussi une autre sorte de minière impure, dont j'ai fait mention ça et là, près de laquelle sont les fanges ou écumes des mines comme on peut voir dans le Sinter. Mais il y a [une] différence entre le Sinter et les fanges ou écumes, car les fanges ou écumes sont quelques peu plus grenues; toutefois elles deviennent quelquefois le Sinter même. Le feu froid est cause de cette fange, comme le feu chaud est cause du Sinter, ou les vredines metallorum. Or cette fange fluide est fort difficile à retrancher du métal, car elle vient du feu froid coulant ou provenant de l'exhalation du mercure. Car comme le Sinter procède des corps, ainsi ces fanges, lies ou écumes viennent du mercure. Or il faut remarquer, quand on veut avoir les fanges avec un autre instrument que celui qui ne lui appartient pas, qu'on recueille le mercure des corps, ce qui n'est en ce travail autre chose que le Schliess et flux. Car quand tu peux entraîner commodément les fanges, tu peux parfaire et finir quelque chose avec Mercure en l'expédiant avec son feu, parce que de te servir du feu froid, cela n'est pas tant en usage ni si artificiel. Quelques-uns d'entre les ouvriers qui travaillent dans les mines appellent ce mercure des corps mispickel ou nodum aeris, c'est-à-dire le nœud de l'airain, et l'appellent ordinairement de ce nom latin. Car vrai est qu'il est bien fort noué et bien dur, tellement qu'on a de la peine de le détacher et arracher de la mine pour l'avoir et en jouir.

Le Spiessglass ou antimoine est aussi fort malaisé à détacher entre tous les métaux, excepté l'or, sans qu'on y souffre du dommage. Toutefois, tu y auras beaucoup de profit et d'avantage si tu t'y comportes bien généreusement en suivant seulement la propriété de l'antimoine, laquelle il t'est nécessaire de bien connaître et tout ce qui en dépend, comme aussi il faut que tu saches la propriété et nature qui se trouvent es autres métaux et minéraux, comme en l'étain, au plomb, au bismuth, à la magnésie, et que tu puisses reconnaître la différence qui est entre l'étain et le fer et le nodum aeris, c'est-à-dire le nœud d'airain, et entre le fer et le cuivre. Cette instruction t'est bonne et avantageuse. Et je sais qu'elle suffit à une personne qui se sait bien acquitter de la fonte.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XII « DE METALLO PERFECTO » OU DU MÉTAL ACCOMPLI

Qui est-ce qui voudrait se vanter de savoir ce que l'or et l'argent de la mine contiennent, si ce n'est lorsqu'on les reconnaît dans leur perfection? Car on les aperçoit en leur bonté quand ils sont parfaits et qu'ils ont leur couleur, leurs poids, leur souplesse, leur flux et leur dureté. La nature a produit ce premier métal parfait qui est l'or, lequel aussi est sec tout à fait. Mais il se trouve dans la Hongrie et Gwarts blanc un or de cette beauté, perfection, pureté et valeur, qu'on peut bientôt et facilement rompre, arracher et cueillir, aussi bien que l'argent et le cuivre. Et voici la différence entre ceux qui sont parfaits et purs d'avec les autres : c'est que les métaux ne sont point parfaits avant que d'être nettoyés. Et, partant, il peut bien y avoir quelque métal qui ne soit pas pur et net, ainsi que ce défaut se trouve fort souvent en plusieurs de nos métaux, lesquels toutefois nous rencontrons quelques fois dans leur perfection aussi promptement que beaucoup d'autres nations; mais je ne dis pas qu'ils soient si généralement purs et nets, qu'il n'y ait parfois quelque défaut. Maintenant, il faut observer qu'il faut qu'un corps métallique soit auparavant parfait ou amené à sa perfection avant qu'on puisse dire qu'il soit fixe. Et il importe beaucoup ici qu'on connaisse bien ce que c'est qu'être fixe.

Lorsqu'un corps métallique a sa teinture, son poids et sa graduation comme il [lui] appartient, il ne laisse pas pourtant de lui demeurer encore parfois beaucoup d'empêchements, d'impuretés et immondices. Mais, après cela, le travail continue, en sorte que la nature vient à conjoindre ces deux teintures et graduation, et ainsi rend et amène le métal à une grande purification. Cette purification est la fixation, car ce qui est pur est fixe. Et sachez ceci, que le fondement du premier est le corps. Mais voici un secret : il faut que la teinture et graduation entrent dans icelui corps. Et si j'ôte à l'or sa teinture, comme cela se peut bien faire, alors c'est un électre; c'est là une eau, car il demeure en une eau ou en un corps aqueux. Ensuite de cela, je lui prends ou ôte sa pesanteur ou poids, et le réduis et amène en une huile ou en un soufre. Et néanmoins le corps demeure. Car en croissant, Mercure pose là le corps, d'abord en semblance comme d'un jeune enfant; puis vient alors la pesanteur qui le rend, par manière de dire, beau; et si le lubricum ou la substance coulante y survient, et puis après que la substance volatile et la teinture s'y joignent, tout le reste du corps s'accomplit et se perfectionne tout autant qu'il en a besoin pour sa perfection. Et qui est-ce qui aurait raison de se railler ici de telle chose, en méprisant les routes, les maximes et le procédé de la nature, et ne prenant garde à rien? Car voici que la nature apporte et cause la couleur sur le cuivre d'une façon étrange et si étonnante, et en fait du laiton ou cuivre jaune, mais qui n'est pas fixe. Car ce n'est en cela sa fin ni son intention, d'autant qu'elle n'y procède pas par une droite voie. Et ce n'est qu'une couleur imbécile, faible et volatile, que d'ailleurs d'autres métaux reçoivent volontiers, mais qui n'est pas fixe. Et même on la chasse toute, aisément, au feu de bois ou de charbon. C'est pourquoi il importe beaucoup que l'on apprenne à reconnaître les corps. Car dans leur résolution l'on apprend joliment la propriété d'un métal pur et quelle est sa teinture, son corps, son sel et son poids; et surtout lorsque avec soin l'on rumine et pèse bien la division de tous les corps à la manière des chimistes, comme fort bien et adroitement nous les divisons. Or nous nommons et appelons l'esprit avorton un esprit de mercure; la teinture achevée et perfectionnée, un soufre ou une âme; et la pesanteur ou le poids, un sel ou un corps. Car en suite de cela, le travail d'imitation témoigne que par une constante fixation l'on a un corps parfait et non seulement fixe au feu, mais aussi à toutes les eaux fortes, surtout à celle de Saturne, laquelle n'est point de si peu d'estime et de poids comme les autres eaux fortes, mais meilleure pour être maniable et molle ou propre à la forge, sans Schliess ou, comme on le nomme, un quart. Ce métal parfait fixe, ou or, résiste aussi au ciment, parce qu'il est plus fort.

Il y a de quoi s'étonner que fort souvent on parle si étrangement des ouvrages de la nature et qu'il n'y ait personne qui puisse donner aucune raison assurée, comment et par quelle manière elle produit et engendre les corps métalliques. Mais la cause de cette ignorance est que l'un écoute l'autre qui est grossier en tout ce qu'il dit, tellement qu'il ne demeure pas plus savant que son compagnon. Or s'il arrive que les ouvrages de la nature minérale ou métallique viennent à s'altérer ou se changer tant soit peu, voilà ces ignorants hors de leur ordinaire connaissance, et [ils] sont bien empêchés à se conseiller eux-mêmes comment ils doivent procéder et remédier à cet accident. Lorsqu'on fait dessein d'entreprendre quelque remède qui soit constant et durable en la médecine, ce métal parfait y est des meilleurs. C'est comme une herbe ou racine quand elle est mûre en sa saison : on la choisit entre toutes celles qui sont non mûres, lesquelles on rejette volontiers. Et si tu ne tiens pas ce progrès et que tu veuilles te servir de quelque substance spirituelle et volatile en la décorporifiant, tu te tromperas. Car comment peut-on ôter le corps à une chose qui n'en a point ou qui n'en contient point en soi, beaucoup moins la teinture, avant qu'elle soit venue dans le corps? après quoi on recouvre bien sa teinture, mais non pas toutes les couleurs des teintures. C'est à cela qu'il te faut bien prendre garde, car c'est où consiste la plus grande science.

Il y a une certaine chose dont il faut que je fasse ici mention afin que ceux qui aspirent tant après l'or et l'argent aperçoivent de toutes parts commodément et à leur aise les mystères de Dieu, si l'on examine bien cette chose dans l'Écriture. Car ainsi ils auront une instruction spirituelle en une chose du monde ou en un métal admirable. Car quand on l'a tiré hors de terre ou hors de son officine, il jouit d'une autre vie ici-haut, et y prend corps et y vit sans aucun aliment, car il n'est pas mort, mais vivant; ou bien s'il ne travaille point, il ne fait que se reposer; aussi il peut fort proprement être réveillé. Ainsi nous espérons qu'en l'autre vie éternelle où il y a perpétuel sabbat, la même chose nous arrivera et [que nous] serons rendus plus heureux. Et encore bien que Dieu se servira de nous à sa louange, il ne nous usera ni consumera pourtant pas, mais il nous honorera beaucoup plus hautement que nous ici-bas les métaux.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XIII « DE METALLO IMPERFECTO » OU DU MÉTAL NON PERFECTIONNÉ

 Le métal imparfait est entre tous les métaux le plus sauvage, car l'impureté y est encore toute attachée, comme y sont aussi plusieurs mélanges, l'un dans l'autre d'une étrange façon. Aussi est-ce la coutume en semblables rencontres de rapporter souvent plusieurs pièces mélangées en un ouvrage, de sorte qu'on n'en peut pas bien connaître la forme, ne sachant pas encore ce que c'est. Tu trouves dans un tel ouvrage un mélange des instruments préparés et d'autres qui ne le sont pas, et les uns et les autres sont pêle-mêle et de plusieurs corps. Or si tu veux porter un instrument de cette qualité-là et nettoyer le métal, il te faut premièrement laver haut et bas cet instrument-là qui n'est pas préparé et [il] ne faut pas l'achever de rôtir. Il te faut aussi avoir un feu particulier pour tels instruments qui ne sont pas préparés. Et il ne te faut pas regarder en ceci si fort à ôter le corps à l'instrument que tu ne regardes et examines surtout soigneusement le métal qui est encore si jeune et délicat. Or la perfection de tout ceci consiste en neuf divers points qu'il te faut premièrement peser et examiner diligemment chacun d'iceux à part. Et si tu te comportes en cela comme il appartient, le métal ou la mine, Erz, ne recevra aucun dommage.

Premièrement regarde bien si le métal ou En est en croissant ou en décours. Et alors tu lui pourras aider en sa couleur et en son corps entier. Car il faut que ce soit au folium du métal que tu soutiennes ou fasses avoir de l'aide à ce métal-là qui est en croissant. Mais à celui qui est en décours, il faut que ce soit en son spolium que tu fasses le semblable, autrement il s'envolera à l'écart, car il n'a pas encore été achevé en son vrai lieu et dans son officine, et un tel métal est de forme égale. Ainsi [il] faut qu'une personne s'essaye un peu au travail imité et qu'elle s'y emploie et comporte courageusement, étant par ce moyen d'autant plus assurée d'y bien faire et réussir.

Secondement, il te faut prendre garde à la viande des métaux qui n'est pas encore bien digérée, comme je te le peux dire. C'est pourquoi il faut que tu lui prêtes secours pour l'aider à achever sa digestion; autrement les excréments n'en peuvent pas bien venir ni être séparés, ce qui causerait lors trop de fermeté, [de la] non-mollesse et de la résistance qui n'y doivent point être.

Tiercement, il faut que tu aies égard au flux, à ce que tu le frayes et disposes comme en un rocher qui est encore coulant au même lieu. Car si l'on ouvre deux flux tout à fait, on ne pourra point puis après les ramener ou rejoindre ensemble, sinon fort malaisément. Car il n'y a point d'apparence de délier ou ouvrir un nouveau coulant, vu que les mercures des corps sont déjà coulants sans cela, étant, dis-je, des Rotte et Gestûbe.

Quatrièmement, souviens-toi de la réduction du métal, mais n'oublie pas en même temps en quel degré du croissant ou du décours tu la dois trouver, afin qu'au lavement tu puisses donner un feu convenable au corps métallique. Car un feu sert aux cendres, un autre aux suies et un autre à calciner. Et ainsi tu peux devenir savant et expert de plus en plus si tu sais bien la disposition et le gouvernement des corps métalliques; sinon tu ne seras pas comme il faut, car ils deviendront spröd et se gâteront au travail. Cinquièmement, il te faut observer à bien faire la différence entre les deux imperfections du corps métallique, car c'est de là que le métal prend et reçoit son nom. Car l'une de ces imperfections est du corps et l'autre est de l'instrument. Or prends premièrement l'instrument et remarque qu'il faut que tu lui aides par la préparation. Mais quant au corps, préviens-le par le secours que tu lui dois donner, en l'empêchant qu'il ne s'écoule, s'insinue ou se mêle dans un autre, chassant pareillement la dépouille ou les superfluités. Et lors sa semence s'en va avec le Ferch sans peine ni résistance.

Sixièmement, aie l'œil sur le feu que la nature possède en soi, et te garde de t'approcher trop près de celui qui est dans les corps métalliques, car dresse tout ton travail principalement dans les uredines et règle du tout ton feu dans l'instrument du corps.

Septièmement, tu as à apprendre une chose au regard des couleurs des électres, qui est que tu ne prennes pas l'or au lieu de l'argent par ignorance au sujet des couleurs dormantes que tu dois recueillir dans le décours ou quand, dans le croissant, tu les dois fortifier et garder. Les peintres ont un fond qu'ils appellent relever et ombrager. C'est ce qu'il te faut entendre ici dans les corps quand ils sont parfaits. C'est pourquoi désunis et divise les corps.

Huitièmement, comme tu vois que les peintres mêlent et broient leurs couleurs avec de l'eau ou de l'huile, ainsi apprends à bien apprêter l'eau dont tu détrempes les couleurs. C'est une eau de métal avec laquelle tu peux entamer et dissoudre les corps métalliques sans la ruine ou perte de leurs couleurs telles que tu désires [les] avoir.

Si tu viens à te servir de quelque autre eau que de celle qui est métallique, tout ton travail sera inutile; mais rafraîchis-le avec l'huile, et il demeurera pur et net, et [tu aur]as grandement fortifié le folium. Neuvièmement et finalement, remarque et prends garde soigneusement de bien aiguiser les métaux, en sorte qu'ils ne se soucient plus ou n'aient point besoin de leur viande ordinaire. Tout ce qui appartient à cet ouvrage, tu le trouves abondamment dans cet instrument, ou pas bien loin de là, où tu peux l'y conduire facilement et amener à bonne fin. Car puisque ton corps métallique est imparfait, c'est la raison pourquoi tu lui dois aider, puisque même la nature a déjà contribué la moitié du travail à ton avantage. On se lasse souvent de voir qu'une si grande quantité d'un si noble et précieux instrument ait été souvent misérablement brûlée avec tant de négligence et de légèreté, au lieu qu'on l'aurait pu employer à beaucoup de choses fort utiles.

Or à ce métal appartiennent presque tous les autres, car il se trouve rarement un métal si parfait qu'il ne faille encore lui donner du secours par d'autres voies. Or quiconque sait tant soit peu ce qu'il faut faire, il y réussit avec un grand avantage d'utilité et de profit. Et pour ce, il faut tout premièrement savoir par quel moyen l'on doit introduire la perfection dans le corps métallique après qu'il a été purifié et rendu net, et ainsi on y fait .entrer le fixe, la couleur et le poids ou pesanteur.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XIV « DE METALLO VREDINUM » OU DU METAL SAVON

S'il fallait que nos éléments supérieurs ne pussent pas faire aussi le métal et qu'ils ne l'eussent pas tout de même en leur disposition, ainsi que la chose est claire et évidente comme en plein jour, qui est-ce qui jamais aurait voulu entreprendre et s'ingérer de travailler ou produire un métal? Aussi pareillement l'on doit savoir que dessous la terre la grande ardeur et la froideur sont la principale cause de la formation du corps métallique ou métal, et selon que cette ardeur-là, ou bien la froideur, agit puissamment sur le métal, il en devient aussi à l'avenant plus ou moins excellent. Et il participe d'autant de plus belles couleurs que l'ardeur ou la froideur y est plus enfoncée ou qu'elle y a pénétré davantage. Cela est très certain et véritable. Et même tout homme de bon sens doit savoir que cette ardeur et froideur d'ici-bas sont aussi attribuées aux planètes ou astres supérieurs. Or, en premier lieu, lorsque le Ferch se retire dehors et qu'il passe par la terre avec sa semence dans son officine stable, ferme et convenable, il y a de certains temps qu'il en sort aussi au cas que sa Witterung puisse venir auparavant qu'elle soit affaiblie et abattue. Et d'autant que le Ferch amène toujours quant et soi de plus pur métal et que les éléments d'ici-haut ont cette vertu de faire entasser et amonceler les substances métalliques — car où les éléments sont et opèrent ils causent toujours là un corps et tirent comme par force quelque substance métallique —, cela est cause que le métal s'amoncelle et s'assemble en un tas. Et de la sorte qu'il est amoncelé et amassé, il demeure de même en son lieu. C'est pourquoi le métal se forme quelquefois en grains qui sont d'une forme étrange, car parfois ils sont ronds et parfois longuets. De là provient aussi le métal qui se trouve sur terre dans le sable, et qui quelquefois tombe dans l'eau, selon qu'il a été attrapé, pris et congelé en un endroit, là où souvent il s'engendre d'une forme agréable. Or c'est dans les savons qu'un tel métal prend aussi ce nom-là. Et ces savons sont des sources montagneuses de terre èsquelles le métal s'arrête et se couche ou gît volontiers. Ces sources sourdent et coulent de bas en haut, et souvent on les trouve toutes dorées, car elles jettent et produisent en haut des monceaux de métal gros comme des gros faussets de pareille couleur. En ces pays-ci d'Allemagne, aux environs d'Erfurt, il y a de telles sources aux couleurs des montagnes. Mais en quelques endroits ces sources ou savonnières sont placées au-dessus ou au haut des montagnes et c'est là qu'est attaché le Ferch qui souvent passe et s'en va plus outre, étant arraché ou attiré par l'air. Mais toutes ces savonnières sont situées d'ordinaire au fort des eaux métalliques qui sont résoutes dans leurs sels. Aussi ces eaux métalliques prennent et retiennent à soi volontiers le Ferch ou le métal du Ferch et de la semence qu'il entraîne quant et soi. Et cela engendre et produit souventes fois le meilleur étain qui se trouve en ces savonnières, lesquelles amènent et produisent quand et quand cet étain [et] parfois quelque espèce de fer fort différente. Mais, absolument, le fer ne peut pas être bien opéré ou engendré en ce lieu-ci car il en est doublement empêché. Premièrement, l'eau est son empêchement ou destourbier, car où il y a de l'eau, elle amollit le métal, de sorte qu'il en est comme déchiré et arraché, tellement que c'est une chose rare de trouver de tel métal-savon près ou dans les savonnières.

Secondement, le Schlich ou flux de fer n'est pas non plus ici dans sa vraie officine, car cette-ci n'est point en ce bas air et élément, là ou néanmoins est l'officine particulière des métaux. Et presque en cette manière sont tous les métaux savonniers dans l'Europe. Mais dans d'autres pays ou il n'y a point de métal bas ou inférieur, ou c'est bien peu. On trouve dans le pays (le sien particulier) ou dans la terre de digue le métal le plus sublime. Ce qui en tel cas se trouve aussi ailleurs. Mais j'estime superflu d'en faire ici mention, cela ne servant de rien à notre travail ou entreprise.

Les métaux de cette sorte venant des savonnières sont les meilleurs, car ils sont plus profondément près du métal parfait. Mais si on approche trop près le feu, ils s'envolent avec le Ferch à cause du très fin qui est grand en eux. C'est pourquoi quand le Ferch et la semence qui est de grande pesanteur viennent dans le métal avec leurs deux chaleurs, surtout dans le déclin, il en est puissamment fortifié en sa consommation, et il devient un peu plus prochainement allié aux mercures supérieurs de la terre et de leur instrument. Et pour ce, il s'en accoste et approche, puis derechef il s'avance davantage dans la perfection. Et c'est là le fondement de l'avancement et progrès du métal en dessus de ce qu'il était en son officine, autant que cela nous peut être connu.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XV « DE INHALATIONE » OU DE LA « WITTERUNG » EN DEDANS

 C'est bien une chose louable de travailler aux centres, fosses et conduits de la terre. Car il y a apparence et c'est à croire que là-dedans la witterung a ses issues et entrées, plus que dans toute la terre entière, alentour de laquelle elle ne conseille pas que l'on tourne avec tant de peine et de longueur, vu que l'on peut jouir de son entreprise par un chemin plus court afin de trouver le métal. J'entends de même que si quelqu'un, voulant aller à la fontaine, allait tourner alentour des fleuves et par toutes les sources, et qui néanmoins pourrait venir à ladite fontaine par un chemin et sentier plus direct et abrégé. Il en est de même au regard de la Witterung, car les Brodem, les vapeurs et les flammes qui y sont encloses empêchent et attestent beaucoup plus la Witterung qu'elle ne s'avancerait. Et, partant, que l'on ne s'arrête et ne prenne pas garde à des antres et passages, ains plutôt et volontiers à la Witterung, laquelle passe et va sa route par et à travers toute la terre, car icelle n'empêche point sa marche, ainsi qu'il nous pourrait sembler. Car tu dois savoir qu'il n'y a que les Erz ou métaux qui [obtiennent leur] Witterung sous la terre et ces Witterung-là. sont distinguées par ordre. Or ceci doit être soigneusement remarqué, savoir est que les métaux font leur Witterung par le dessous en dehors où ils demeurent et s'arrêtent. Et c'est ici la différence entre la Witterung et entre la vapeur, la fumée et le Brodem. Cette Witterung va obliquement, en courbe et de travers, et ainsi qu'elle arrive de côté et de largeur. C'est donc de cette Witterung-là. que nous devons parler ici, quand elle va remplir abondamment de sa propre vertu. Car alors elle la fait paraître et reconnaître, étant adressée et envoyée au métal par le moyen des rayons supérieurs du soleil, lequel lui donne et fournit tout ce qu'elle a de besoins pour son entretènement, pour sa subsistance et pour son opération. Et c'est cette Witterung qui porte, conduit et distribue l'aliment ou viande dont elle se charge au métal ou aux planètes inférieures et ce, par et au travers de la terre, ou terre de digue, per cutem terme. Et lors le métal prend dedans soi la Witterung qui provient du travail et s'en sert et en profite, car on voit que les éléments ne peuvent pas entrer bien avant dans la terre. Les Witterung sont invisibles, car on ne les voit point en leur être d'elles-mêmes et l'on peut mieux voir et reconnaître l'haleine d'une personne que non pas la Witterung, laquelle il faut reconnaître à une Rotte quand un métal s'avance dans son travail. Car alors il rend un souffle de soi et le retire aussi à soi jusque dans son centre et intérieur. Et il faut en ce travail que le soleil aide au métal et que positivement il accompagne la Witterung. Ce qui, par conséquent, doit être remarqué avec adresse et subtilité. L'endroit où se produit le métal est une terre la plus pure, de laquelle, selon qu'ont enseigné les Anciens, l'homme a été fait et formé. Car une terre de cette qualité a beaucoup de vertus cachées en elle. Ensuite elle montre son efficace et puissance dans le travail qui s'accomplit es métaux. Or cette Witterung ne sert à rien autre chose qu'à attirer la nourriture et à la faire entrer dans le corps métallique, la lui faisant avaler et engloutir. Car il ne faut pas que tu penses que la Witterung laisse croupir la nourriture ou viande dans le corps quand elle y est portée. Ains cette Witterung est la vertu rétentive qui conserve, retient et arrête tout ce qui abreuve et nourrit le métal. Et, de plus, elle apprête et ajuste l'instrument durant tout son travail dans le lieu qui la reçoit, là où le soleil chasse en bas tout ce qui est de lourd et de pesant, comme il se voit en toute sorte de suc qui est ainsi chassé et envoyé en la partie la plus basse. Mais en cette descente en bas, la Witterung a cette manière et coutume en elle que ce à quoi elle communique son suc ou ce qu'elle suce, tant plus longtemps et tant plus profondément demeure-t-il avec elle en bas; et ainsi il en est meilleur et plus excellent, afin qu'elle le puisse perfectionner en ses fleurs. Or j'appelle ici les fleurs de la Witterung quand elle ne peut point porter un corps à un plus haut point et degré que celui par lequel elle fait parvenir ce corps finalement en un habit ou à un corps d'un vrai métal parfait.

Or celui qui connaît comme il faut cette sorte de fleurs, il a appris quelque chose de grand. Et quiconque sait par quel moyen et de quoi la Witterung fait ses fleurs, il est parvenu bien avant dans la connaissance de la nature. Telles fleurs donc sont faites naturellement d'un simple instrument qui travaille par trois sortes différentes de feu, entre lesquelles l'ardeur ou le feu-même de la Witterung n'est pas la moindre, ains la plus grande. Car c'est ce feu-là qui est le plus proche de la perfection. Et, de plus, cette Witterung est une ardeur aérienne, tenant du feu principalement, comme en étant très abondante, car elle flambe et toutefois n'allume point, car autrement elle brûlerait les nutriments dans l'officine; mais elle les met à couvert, les cache et conserve plutôt; elle les amoncelle et les tient en un tas en les fortifiant et en chassant dehors les humidités et fumées superflues. C'est pourquoi cette Witterung cause aussi par accident ces méchantes fumées, vapeurs et Brodem qui enveniment par le dessous toute la masse de la terre et qui sont un sujet de beaucoup de maladies dangereuses, comme il est que trop clair et évident.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XVI « DE EXHALATIONE » OU DE L'ARDEUR AÉRIENNE EXTRAYANTE

D 'autant qu'il faut que le remuement, agitation ou balancement soit sans cesse continué au travail des métaux aussi longtemps que le métal prend et reçoit en lui [la] nourriture qui est causée par icelui remuement ou mouvement, c'est pourquoi il faut que la plus proche ardeur aérienne du métal vivant soit plus forte. Car la nature nous a fait connaître que puisque ces ardeurs aériennes peuvent entrer dans le métal, et non plus avant, parce que le métal est le but et la fin du travail sous terre, il faut aussi à cause de cela que l'ardeur aérienne extrayante s'y trouve et qu'elle se revire ou contourne en icelui métal. Et par ce remuement ou agitation l'ardeur aérienne d'icelui métal qui se fait derechef de dessous au-dessus ou au-dehors en l'ardeur aérienne métallique naturelle, vraie et légitime, devient si forte qu'elle allume ou échauffe, sans toutefois aucune lumière ni flambe; ains elle ard et brûle ou cuit sans clarté. Ce qui fait et est cause qu'elle purifie ce qu'il y a de capable d'être purifié dans l'ouvrage et dans l'officine, mais aussi dans tout l'instrument, l'attirail, l'arsenal et l'étoffé, tant que cette ardeur aérienne attaque et combat aussi les atomes les plus purs de la terre, lesquels même le soleil résout derechef glorieusement en sucs et liqueurs substantielles. Car les atomes terrestres sont les fleurs des sels de la terre, laquelle ne les peut souffrir, et aussi ces fleurs ne sont pas nécessaires dans la terre. Mais il faut que ces fleurs ou atomes soient derechef résoutes dans l'air supérieur.

Or cette ardeur aérienne, extrayante ou attrayante, combien qu'elle accompagne toujours le métal, l'on peut toutefois voir à sa Rotte ce qu'elle fait au métal. Car si cette ardeur aérienne empoigne la verge et l'allume ou échauffé, lors le métal est dans son déclin et est un métal mort. Et ainsi le feu qui était allumé ou agissant en cette Rotte s'en va et se retire, au lieu duquel la froideur demeure au métal inférieur, laquelle s'accroît. D'où l'on voit ce que font les uredines quand elles prennent le dessus es métaux. Car si la froideur a l'avantage, elle ne manque pas de souiller, gâter et faire dégénérer tout à fait le métal jusqu'à n'être plus que du plomb. Mais si l'ardeur ou chaleur prend le dessus, le métal devient de temps en temps plus relevé, plus vif et ennobli. Or en cela gît la différence d'entre les ardeurs ou froideurs des feux et c'est cela qu'on appelle et nomme les uredines. Et le véhicule d'une telle ardeur, c'est l'instrument qui la cause et produit. Si les uredines causent et font quelque mal, le feu le peut dissiper, car les uredines peuvent être sans feu, et aussi par-dessus le feu. Les anciens philosophes nomment les uredines « vires coelestes et infernales », c'est-à-dire les vertus célestes et infernales. Car l'on voit bien alors que le feu ne saurait rien gagner sur lui, sinon seulement lui donner le flux. Mais il ne le saurait consumer; ni aussi ne peut-il rien faire au mercure, sinon de lui apporter la dureté qui est une chose assez belle et agréable; mais il n'en est pour cela nullement ennobli ni changé en argent. Ces deux ardeurs aériennes sur, sous, dedans et dehors terre ne sont bonnement qu'une même ardeur. Et ce n'est pas seulement une de leurs propriétés de ce qu'elles peuvent ainsi montrer et faire connaître le métal et l'Erz, ains elles traversent la terre à cette fin qu'elle ne se convertisse point en pierre, mais qu'elle demeure dans un certain jour ou porosité convenable, de même que le levain dans la pâte, car elles nettoient la terre comme l'ardeur du soleil fait l'air.

Et comme cette même ardeur aérienne ou la Witterung nous causent et amènent ici-dessus le vent, les nuages, la pluie, la bruine et la neige, de même aussi la sous-Witterung cause dans la terre des fumées, des Brodem, des liqueurs substantielles, des minéraux, métaux, sources, etc. Et ainsi s'engendre l'or de sa semence. Et quiconque a l'intelligence de ces matières supérieures et autres peut faire de toute sorte de prompt travail d'imitation, car l'industrie ou l'art suit et imite immédiatement la piste et l'ordre de la nature.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XVII « DE CORUSCATIONE » OU DE L'ARDEUR AÉRIENNE ASSISTANTE

D'autant que ceux qui travaillent aux mines voient de nuit cette ardeur aérienne s'exalter, ils la tiennent pour l'unique ardeur aérienne et non aucune autre. Ce n'est pas pourtant une vraie ardeur aérienne d'elle-même [et] toute seule, mais c'en est une seulement qu'on appelle assistante ou présente. Et elle ne se peut nommer ni définir autrement, car elle ôte les excréments seulement par le feu qui est en elle, combien que ce ne soit pas tout à fait, mais ce qui est es métaux de vénéneux et de non valeur. Et elle purifie aussi l'air de la puanteur. Car d'où viendrait ce que l'on nomme Schwaden d'ailleurs que de là? qu'on doit croire être conduit et mis dehors en partie par cette ardeur aérienne ou feu clair et, ensuite, partie par l'eau. Car une telle puanteur abreuve et souille grandement le métal surtout en la couleur. Lequel, toutefois, demeurant en sa puanteur, peut brûler ou laver facilement, soit qu'il soit dans sa mine ou terre et dans ses liqueurs. Un tel et semblable feu clair aide aussi à fortifier le Sinter, car il n'agit pas par une manière d'ardeur, mais à la manière du feu. Et ce n'est point par une façon de bouillir qu'il purifie, mais par un brûlement ferme et solide.

Or pour ce que l'instrument dont ce feu clair s'empare et se saisit se trouve même souvent en un lieu où il n'y a point de métaux, cela fait qu'il est grandement trompeur, mais toutefois souvent par opinion, car pour la plupart il vient d'un souffle métallique. Et prends garde à ceci, savoir que le métal ne donne jamais aucune lueur de soi, et qu'il ne se consume pas aussi, mais que parfois il s'échappe en s'envolant ou évaporant. Et pourtant le Schwaden est un plus grand venin. Et c'est là une des meilleures démontrances de la contrariété d'un métal ou de la substance vénéneuse et nuisible aux métaux. Mais pour ce que l'on peut découvrir plusieurs beaux et magnifiques tours de main qu'on entreprend par le feu, je te dirai seulement qu'il ne faut pas fondre entièrement les métaux; puis cette substance vénéneuse qui s'exhale et s'en va, donne assez à connaître qu'elle n'est nullement utile au métal et qu'elle ne peut pas non plus y demeurer, si ce n'était qu'elle y tient obstinément collée.

Tu remarqueras aussi derechef ici une fois que le feu ne peut pas être de service aux métaux, mais une ardeur qui ne vient point de feu, laquelle est comme la chaleur naturelle en l'homme qui est sans fin. Car en quel lieu est-ce que la nature a des charbons proches du métal? Et néanmoins elle est ardente. Et où est-ce qu'il y a quelque chose qui souffle plus chaudement, que la nature ne puisse souffrir? Mais c'est une autre chose, une froideur sans geler, ainsi qu'aux perles qui le témoignent. Je nomme cela uredine ou une chaleur sans ardeur, voire une chaleur sans geler. Et c'est ce qui fait au feu son nutriment et ne le souffre point proche de soi. C'est pourquoi, quand tu apportes un métal en sa propre ardeur et froideur, dès là tu as un fondement pour le travail d'imitation. Autrement sans cela tu n'as rien étudié.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XVIII « DE FOLIO ET SPOLIO » OU DE LA BLUETTE ET ÉTINCELLE

 La seconde chose qui montre et distingue à vue d'œil les métaux, c'est la couleur. Mais il y a des couleurs supérieures qui sont telles qu'on ne peut les connaître à cause de leur obscurité où elles sont naturellement cachées. Ces couleurs sont surhaussées et relevées par unfolium, comme, de fait, unfolium obscur et épais ou non transparent fait de même es pierres précieuses dans leur corps lucide et transparent. Mais il faut ici que ce soit un folium transparent qui le fasse en un corps opaque tel qu'est celui des métaux. Car ceux-ci semblables à la lune luisent, laquelle a sa lumière à contre-sens au-dedans du corps métallique, comme aussi le folium produit le même au-dehors dudit corps. Or il y a moyen de faire artistement un pareil folium ou bluette. Mais la nature nous montre qu'il faut que ce folium soit recouvré et trouvé hors du volatil. Car encore bien que ce soit une chose véritable que le volatil ne se puisse percevoir ou acquérir et se loger ou enserrer sinon en sa semence ou en son corps, toutefois il est bientôt présent ou paraît bientôt avec le corps métallique. Et quiconque ne sait point l'art ou manière de se servir du folium ne saura jamais atteindre à la droite et véritable teinture d'un métal, soit pour le flux ou dureté. Or la nature ou propriété du folium est telle qu'il est si mince qu'aucune chose ni aucune feuille qui soit au monde ne le peut être davantage; duquel folium ou feuillage un corps métallique est assemblé, fait et composé. Les prétendus alchimistes sont fort empêchés avec leur statum supra stratum, c'est-à-dire avec leurs lits sur lits. Mais ce dont il est question, qui est ce folium, est plus mince et délié que l'or battu, et c'est ce que l'on appelle une transparence opaque, un folium, inséré ou rapporté en dedans, lequel est non doré ni argenté. Mais ici est caché un beau secret, un beau tour de main pour teindre artificiellement par la bluette, ou folium, quand on la met ou fait entrer dans l'étincelle ou folium. Car une connaissance en engendre toujours une autre. Et comme on voit et expérimente en une splendeur gluante et abondante d'ardeur qu'il n'y a aucun Schwaden présent, ainsi l'on ne remarque ni l'on aperçoit point de Schwaden et pas une bluette ou étincelle en leurs miroirs ou lumières nocturnes. Et c'est lors qu'on peut préparer une telle et semblable bluette, ou étincelle, qui se met et tombe en bas hors de son siège et place. Car elle se réduit et pose en bas avec son poison ou venin le plus mauvais. Ainsi aussi le métal s'arrête et se repose.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XIX « DE FULIGINE ET CINERE » OU DE LA SUIE ET CENDRE

Au regard de la suie blanche des métaux, qui est un habit ou vêtement d'argent tout à fait d'un grand prix, il y a de quoi s'étonner, lors seulement qu'on fait entrer cette suie blanche métal-lique dans les mercures, de ce que par la corruption les métaux et premiers corps métalliques produisent les plus hauts métaux, et de ce que des supérieurs, au contraire, les inférieurs en proviennent. Or il est certain que partout où l'on rencontre une pareille suie, il y a là assurément du métal sur la route. Mais il ne s'en voit guère de plus beau et plus naturel que celui qui perce et pousse dans la province de Steyrmarek et l'on y fait là même de bon acier. Et dans la Valachie il paraît de cette suie près de l'argent. Et c'est la chose la plus certaine dans le travail métallique et naturel, que cette suie fait des merveilles aussi bien que dans le travail d'imitation, ce qui est incroyable aux personnes, comme aussi qu'il faille que ce qui paraît le plus incertain soit souventes fois le plus certain. Et de cette mécroyance vient qu'on ne sait pas mieux cela ou qu'on l'entend et comprend faiblement. Ceux qui travaillent aux mines ont aussi dans les antres, passages ou conduits, un état particulier qu'on nomme leur pendant et leur gisant, dans lesquels se peut bien trouver aussi quelque chose de semblable à cette suie. Mais il faut bien de la peine pour y travailler à l'avoir et [ain]si on est souvent en hasard de souffrir les effets d'un poison ou venin qui y est coutumier. Car encore que l'ardeur aérienne y passe et qu'elle entraîne beaucoup de choses avec elle, néanmoins il y en demeure quantité qui ne s'en peuvent retrancher qu'avec une extrême diligence et peine. Et, au bout de tant de travail, l'on [n']en tire pas un salaire suffisant. Les ouvriers des mines nomment cette étoffe ou matière selon qu'il leur plaît et selon les mines, et ce par ignorance et sans examiner comme il faut ce que c'est. Et les avaricieux alchimistes, lorsqu'on parle de cette suie, prétendent que c'est le mercure des corps ou le sel des corps, et que c'est du sel comme notre sel commun. Ils font comme les paysans, lesquels nomment à leur fantaisie les herbes lorsqu'elles sont grandes, au lieu qu'elles ont leur propre nom. La cendre de Saturne se fait aussi par ce moyen grandement belle avant qu'elle vienne plus haut et soit changée en son argent. Car bientôt elle s'accompagne d'un verre-lancier, c'est-à-dire d'un antimoine, qui lors a quant et soi l'eau glacée et les Saturnes coagulés, ce qui est une preuve sur tous les métaux qu'ils se changent et croissent mêlés bien avant dans la terre.

En après, le Saturne fournit aussi un bismuth pur. Il est grossier et a quant et soi une eau de Saturne qui est congelée, en laquelle on recouvre et rencontre un fort grand avantage et profit pour les métaux qu'on ramène par son moyen en leur première matière. Puis ce bismuth se rend en haut vers le travail métallique de verre, et ainsi le travail des cendres de Saturne cesse. Les alchimistes, depuis fort longtemps et encore pour le jourd'hui, ont eu fort à faire avec leur sel [pour savoir] comment ils pourraient par icelui faire ou rendre potables tous les corps métalliques qu'ils ont convertis auparavant en sels. Or ici, ils font une blancheur provenant des cendres, lesquelles cendres produisent leurs sels, mais c'est inutilement. Car les cendres sont des vêtements qui montrent et signifient ce qui est vertu, et dans lesquelles le métal est caché et en est revêtu pareillement lorsqu'il veut paraître en vue et au jour. Mais les métaux potables sont toute autre chose qu'ils ne croient, car il les faut rendre tels par les liqueurs naturelles et convenables à leur nature métallique. Mais c'est cela qui est une manière d'opérer tout étrange et qui n'est pas possible à concevoir à telles gens, lesquels ne recherchent qu'à avoir et amasser de l'or. La nature n'en donne que les habits à ces personnes-là au lieu du corps même. Et quant à ce même corps, il s'évade et échappe souventes fois avant qu'on s'en soit aperçu. J'entends le corps le plus noble, c'est pourquoi jette ta vue et l'arrête sur les corps les plus parfaits.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XX « DE SCOBE ET AQUA METALLICA » OU DU «SCHLICH » — C'EST-À-DIRE DU REJET DE LA TERRE — ET DE LA LESSIVE OU EAU MÉTALLIQUE

 C'est une chose nécessaire à la nature qu'elle ait incessamment dans son travail un croissant et un décours. Car comme il arrive ici-haut qu'il se perde de l'étoffé non seulement dans la fonte, mais aussi sous le marteau, aussi de même arrive-t-il sous la terre. Or pour apprendre à connaître le déchet qui arrive dessous la terre et le conserver par provision à l'avenir, il faut faire comme ceux qui recueillent les miettes de pain de dessous une table. Et c'est aussi ce que fait la nature, laquelle conserve et recueille, au même endroit où elle opère, son déchet, et le produit au jour en sorte qu'il peut être employé à [de] bons usages. Et le métal aussi se reconnaît être là dans la terre, ce que l'on voit au Schlich, à la fange, boue et matière que le métal rejette hors de soi. Et c'est là qu'est la pierre qu'a toute sucée la nature dans son travail, ou même la terre, et ce qui en tombe à bas lorsqu'il n'est pas plein de métal, et aussi qu'il tombe avec quelque peu de métal. Or ce qui tombe ainsi s'appelle, à juste droit et raison, du Schlich, ou un rejet et écoulement, d'autant qu'il se sépare, chet et tombe ainsi à bas de l'ouvrage et se retire secrètement. Là où donc un tel rejet de la terre se trouve, jette là ta vue, car il se rompt de l'instrument et de l'officine où les métaux travaillent et font ce qui est de leur fonction. Et ce Schlich ou rejet est une démonstration certaine qu'il y a là du métal.

Ainsi la lessive ou l'eau métallique est de même une démonstration assurée du métal prochain. Car elle se résout sans cesse dans le travail et se retire quelque peu en éloignant des métaux peu à peu, lesquels ont du Schmede et de la vertu. Car, comme j'ai dit lorsque j'ai parlé de la viande des minéraux, où il y a des minéraux fossiles, là aussi il y a assurément une mine. C'est pourquoi là où il y a de ces minéraux, il s'y trouve toujours de plus en plus de cette lessive ou eau métallique, car elle se résout incontinent en eau ou bien en lessive. Et voici la différence qu'il y a entre l'eau et la lessive : le minéral seulement donne l'eau, mais les métaux donnent les fleurs dedans lesquelles et d'où est faite la lessive métallique. Or l'effet qu'on apprend de ces deux choses — de l'eau et de la lessive —, c'est qu'elles conduisent d'une manière cachée les fleurs ou couleurs métalliques. Car le ciment ou lessive qui se trouve à Schmôlnitz, en Hongrie, ronge et détruit le fer en rejet et écoulement ou Schlich. Et si l'on tirait ce Schlich-la du fer hors de l'auge et qu'on l'arrosât alentour, c'est de bon mercure. Il y a encore de ces sortes-là de lessives, mais l'on n'y prend pas garde.

Le soufre aussi est une démonstration d'un minéral grandement pur. Car que l'on voie le soufre à Goslar : c'est comme un vitriol pur, beau et blanc, et rouge pareillement comme de beau cuivre. Là même on y trouve aussi de l'argent et du plomb en quelques lieux de là autour.

L'on peut par le moyen de semblables eaux retrouver et rencontrer les endroits où croissent les minéraux avec peu de peine comme l'on désire. Car quand un minéral est trop tari et asséché, il n'a point la vertu ou puissance de couler ou fluer dehors en eau semblable, mais, au contraire, il devient courias et se sèche et durcit en s'enfonçant dans la terre.

Ainsi dans la Hongrie, les instruments des eaux de soufre et d'alun fournissent tout partout de l'or et du cuivre en quantité, comme voilà dans la Saxe-Misnie les eaux d'alun, l'argent et le cuivre et les eaux salitérées. Et ailleurs, dans la Bohême, sont les eaux de fer et toute sorte de métal, excepté l'or. Les monts dans la province de Steyrmarek ont aussi leurs eaux et lessives métalliques particulières, et ont aussi des belles et magnifiques mines, tellement que tout ce qu'il y a de monts est presque tout acier, cuivre, or, argent et vif-argent, et tout ce qu'on souhaite de plus s'y trouve. De plus, les eaux salées de Franckenhau-sen de là-autour ne témoignent-elles pas suffisamment des mines grandement riches et belles qui y sont? Et desquelles l'on verrait bien d'autres effets et l'on en acquerrait un avantage beaucoup plus grand, si on y prenait bien garde et qu'elles fussent reconnues des habitants de ces lieux-là. Or tant mieux que courent ces eaux-là, tant meilleures sont-elles et plus propres à toutes choses. Et celles qui sont coites témoignent un mauvais minéral, soit qu'il se trouve enaigri ou bien souvent plein de lies et de fumées. Mais d'un tel minéral, donne-t-en de garde.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXI « DE SCORIA ET EXUVIO SPERMATIS » OU DU «SINTER » ET DU « SCHWADEN »

Celui d'entre tous les déchets métalliques et qui est l'extérieur et superficiel déchet, c'est le Sinter, lequel pourtant est grandement bon et n'est point nuisible. Mais j'entends le Sinter dont les métaux se dépouillent et défont d'eux-mêmes par leurs uredines. Car la dépouille qui laisse après soi l'ardeur aérienne assistante et qui ressemble au vrai Sinter, c'est un autre Sinter qui est semblable à celui-là, lequel les fondeurs et forgerons font du métal, lequel ils pèsent et purifient consé-cutivement. Or encore bien que la lessive lave, nettoie et purifient les minéraux, ils se purifient toutefois aussi d'eux-mêmes, comme cela se voit au Sinter que chaque métal laisse après soi dans le feu. Lequel Sinter n'est pas pourtant encore semblable à celui dont je traite ici. Car ce Sinter contient en soi des métaux. Et le Sinter des minéraux, que l'ardeur aérienne assistante fait, n'est-il pas palpable, reconnaissable et visible, tant que chacun qui s'entend et se connaît aux mines le sait bien reconnaître? Mais le Sinter du métal est bien aussi parmi les fanges et lies, et toutefois il y est méconnaissable. D'où vient aussi que ces fanges-là sont spröd. Autrement on les pourrait mettre à la forge pour les réduire en métal fondu, comme on a essayé et entrepris de faire. Mais l'on n'a pu retirer ni emporter ce Sinter. Or pour ce qui est du Schwaden, c'est tout à fait une belle réduction du départ de la semence et du travail de tous les corps métalliques. Car lorsqu'il cesse de travailler et qu'il n'a plus aucun aliment ni des minéraux ni des corps métalliques, et que la bluette s'est recluse dans la splendeur de l'étincelle, il vient à se séparer. Ainsi il rompt le lien de la bluette et de la semence, et c'est ce qui s'appelle Schwaden, poison et venin tout à fait mauvais, car il tue tout ce qui a vie et surtout ce qui a souffle. Car c'est son dessein de retourner là. Et, partant, si es lieux où il arrive il vient à trouver quelque chose qui [se] meuve et remue, il le tue et se tue lui-même quant et quant, et revient finalement dans son officine vers la semence métallique, l'aide derechef à se coller et abreuver, et en devient le lien, et l'or est là en ce poison. On sait pareillement qu'il y a eu de l'argent et du métal; mais il n'y en a jamais au lieu d'où il est sorti, ains est devenu tout autre. Car ce Schwaden, après la ruine de chaque corps métallique et de sa bluette, et après le détachement d'un Schwaden tout particulier jusqu'au dernier, est le plus violent, car il est gisant comme un miroir sur l'eau et se donne ou distribue volontiers aussi dans les nutriments métalliques; ce qui fait qu'il revient tôt après aux métaux où il s'attache. C'est pourquoi les nutriments s'enveniment grandement, contre toutefois leur naturel. Or la raison pourquoi ce Schwaden va et vient, c'est à cause qu'il a dans soi de la semence du Ferch, et c'est son aide, car il faut que la semence ait quelque chose dans laquelle ce Schwaden se puisse reposer; et si ce n'est en un corps des sept métaux, ce sera un tel poison Schwaden; et c'est là sa dépouille où il se retire jusqu'à ce que l'ardeur aérienne assistante la lui arrache et ôte de force; et alors c'est là sa mort.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXII « DE LUCENTE VIRGULA » OU DE LA VERGE ÉCLAIRANTE

Quiconque se veut mêler de cette sorte de verges n'en doit pas entreprendre la procédure à sa fantaisie, ni rien apporter de nouveau dans les mines qui soit tiré du sens qu'il prétend en savoir. Car la nature ne souffre point qu'on lui établisse des lois ni qu'on lui prescrive rien qui soit, car c'est d'elle-même qu'il faut tout apprendre. Et ainsi, au regard de la verge, prends bien garde à l'ardeur aérienne. Et ce qui est à noter, c'est que cette verge est établie et posée particulièrement sur l'effet et opération de l'ardeur aérienne qui la tire à soi. Car si cette ardeur était forte et efficace, encore bien qu'elle n'allumât pas, elle ne laisserait pas son ardeur de faire comme porte son espèce et son art, et selon qu'on a coutume de lui attribuer, parce que, comme une grande ardeur en éteint une autre moindre, soit ardeur, lumière ou feu dans un fourneau, ainsi cette ardeur aérienne fait de même envers cette verge, laquelle il faut fourrer et poser allumée. Celle-ci s'éteint là où il n'y a aucun air ou vent supérieur qui n'y puisse porter dommage; car ce feu que nous avons ici-haut ne peut entrer dans la terre en-bas; il s'y éteint. Car, par exemple, si tu pousses ou touches d'une chandelle allumée contre une pierre ou de la terre, elle s'éteindra, car elle ne peut pas pénétrer dedans. Aussi attire-t-elle à soi la nourriture qui fait brûler cette verge et c'est ce qu'elle suce entièrement. Mais c'est un plaisir de voir en l'instrument de cette verge, ou en la matière dont elle est composée, qu'il peut y avoir de la graisse qui ne brûle point, ainsi qu'est le Schwaden. Car il éteint les lumières par son poison et venin. Toutefois il fait cela d'une autre manière sous terre : l'ardeur aérienne fait aussi ce qui est du sien ici-haut sur terre en une autre sorte et manière. Entre ceux qui travaillent aux mines, il ne s'en trouve guère qui aient connaissance de cette sorte de feu; et néanmoins c'est l'unique moyen d'apercevoir l'ardeur aérienne attrayante. Ce feu, ou le travail et ouvrage de ce feu extrait de la terre, est propre et utile sur tout à beaucoup de choses dans les mines et aux métaux dans le travail d'imitation, de quoi il est fait mention en son lieu. Car de connaître et rechercher d'un bout à l'autre un feu par un autre feu, c'est-à-dire apprendre à connaître un feu par un autre, ce n'est pas un petit point; et néanmoins le feu inférieur souterrain ne s'enferre point d'une autre façon. Les anciens sages, philosophes, docteurs et écrivains ont rapporté et cité plusieurs preuves de cela dans divers endroits de leurs livres, lorsqu'ils enseignent que les éléments d'ici haut duisent et servent à ceux de dessous et les accommodent aussi bien que les célestes. De quoi ils font connaître leur opinion. Car il faut que par ces éléments moyens nous nous apercevions de la vertu supérieure aussi bien que de celle de dessous, parce qu'ils sont les esprits qui en tous ouvrages approprient les corps grossiers inférieurs, leur influant les âmes et vertus supérieures. Car autrement rien n'aurait son progrès dans les lieux profonds. Et il faut, pour l'opération et effet, qu'il y ait aussi une attache, une ligature ou un instrument moyen qui serve comme de glu, de lien [et] comme de bande de fer, ainsi qu'on met à une porte. Car c'est une chose émerveillable à entendre de lier du feu avec du feu. Et néanmoins c'est une chose vraie. Car à ce sujet vient aussi la garde du feu qui ne brûle jamais, parce qu'il faut qu'ils soient tous trois ensemble l'un près de l'autre. Car celui de dessus, c'est le feu de lumière; le métal aussi est le feu de flambe et le feu de dessous ou l'inférieur est le feu de brûlement.

C'est aussi ce que nous verrons au dernier jour dans l'autre vie, quand Dieu séparera le brûler du flamber, d'autant que lorsque le feu flambe, il brûle et consume ainsi que l'enfer sera bientôt brûlé. Et toutefois il ne sera pas lumineux, mais l'obscurité y dominera. Car Dieu donne à ses élus la lumière qui est un feu sans flambe ni brûlement. Il faut que tu apprennes quelque chose touchant l'amitié et inimitié de ces feux-là et les rechercher à ton profit. Surtout, il faut que tu considères ce qui est caché en eux et qui agit ou opère sans être vu.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXIII «DE VIRGULA CANDENTE » OU DE LA VERGE BRULANTE

 D'autant que la coutume d'aller après les verges ou sillons a été tournée en abus par quelques personnes, ce n'en est pourtant pas moins une excellente et fondamentale manière pour traverser et chercher les métaux, lorsqu'on se sert des verges comme il faut et naturellement. Et il est vrai et l'on ne saurait nier, ainsi que j'en ai fait mention ci-devant, que les métaux éclairent d'une ardeur aérienne et que la Witterung, ou cette même ardeur aérienne, est invisible. Et l'on ne la peut point mieux enferrer, captiver et apercevoir que par le moyen de la verge. Ce qui me donne sujet de nommer cette verge « la verge brûlante » pour ce qu'elle découvre et montre l'ardeur aérienne attrayante ou distrayante des métaux. Laquelle ardeur aérienne est ardente en feu. Et encore, bien qu'elle ne fasse aucune flambe ni étincelle, elle est toutefois si brûlante qu'elle glue à sa façon, et ainsi englue de même la verge. A quoi l'on sait et connaît pour certain qu'il y a là un métal. Si cette verge ne doit point gluer davantage, ni flamber, il faut qu'elle ait un instrument particulier qui retire et prenne à soi ce feu. Autrement il ne pourrait pas être utile. Or, en ce qui concerne la verge, ce n'est qu'une houssine ou un bâtonnet ou [une] baguette de demi-aune de long (mesure d'Allemagne, qui fait en France un quart d'aune) d'un bois bien serré comme du chêne ou autre bois dur, à laquelle baguette est attaché l'instrument comme on fait de la poix ou de la cire à un flambeau. Et il faut que cet instrument soit d'une graisse ou résine de sapin, ou d'autre chose de ce qui est en haut ou dessus la terre. Autrement il allume cette ardeur aérienne, car elle est forte. D'où vient que ni suif, cire, poix ni poix-résine n'y valent rien, ni aussi aucun minéral, car un souffle ou haleine de cette serre allumerait et brûlerait même la viande ou nourriture qui sert au minéral ou métal. Mais il faut que ce soit une chaux prise de la terre. Celle-là prend aussitôt une telle ardeur, et brûle, comme fait ici-haut la chaux, par son ardeur et moiteur, et tombe ainsi ardente de la verge en bas. Cette chaux brûlée comme dessus par ardeur aérienne est ensuite grandement propre à beaucoup de choses.

Cette ardeur aérienne ne s'attaque pas néanmoins pour cela à l'oléaginosité ou sérosité de la mine. Car autrement, comment est-ce que la viande ou nourriture des minéraux et métaux pourrait monter? Laquelle viande en provient. Les ouvriers des mines nomment cet aliment minéral un « spath », qui est un vrai mortier ou de la chaux de la terre. Mais ce n'est pas sous la terre qu'est empoigné ou enterré ce spath, pour ce qu'il est pourvu et rempli de quantité d'humidité. Mais quelques-uns le nomment un Marmel de mine ou de terre ou un Marmel souterrain. Mais ce n'est rien moins. Car il ne dure pas ni ne subsiste pas ici-haut à l'injure ou intempérament du temps, car il y devient si sec et aride en se desséchant qu'à la parfin il se laisse aussi allumer et consumer par l'ardeur aérienne. Dans les montagnes les plus grandes de la Norvège, les métaux remplis et chargés de Schwaden se trouvent et rencontrent es mines métalliques qui sont aussi pleines de spath, lequel achève de bluetter iceux métaux, en sorte qu'ils viennent tout creux. Et si les ouvriers brûlaient ou flambaient ce lieu-là du pays, il ne serait déjà plus tel qu'il est et subsiste. Or aussitôt que l'eau de la terre vient à sortir de ce spath et que l'air qui l'avait séché vient aussi à sortir, il faut que cette ardeur aérienne et ce feu caché viennent à y entrer et à se trouver après eux.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXIV « DE SALIA VIRGULA » OU DE LA VERGE SAILLANTE

Depuis que le métal est dans sa purification, en sorte qu'il ne monte ni ne s'évapore ou exhale rien du tout, il a son ardeur aérienne, laquelle, comme elle est particulière, c'est elle qu'il faut remarquer et entendre pour la bien conduire par une verge particulière. Cette verge est faite de deux bâtons ou baguettes que l'on tient ensemble dans les deux mains. Et puis où l'ardeur aérienne se trouve, alors cette ardeur se met et attache à cette verge, tellement qu'il n'y a qui que ce soit qui la puisse si bien tenir et si fermement, que cette ardeur aérienne ne fasse séparer les deux bâtons de cette verge l'un d'avec l'autre, jusque-là même que si ces deux bâtons étaient d'une seule branche, il faudrait qu'elle se rompît. Mais il faut que les côtés de dedans de ces deux baguettes qui s'entre-touchent soient enduits et frottés de marcassite. Car l'ardeur aérienne alors tire la baguette de dessous en bas, de même que la pierre d'aimant attire le fer à soi. Car c'est ainsi que l'ardeur aérienne du métal purifié tire tout à fait fortement la marcassite, parce que la qualité et propriété de la marcassite est de fortifier cette ardeur aérienne de purification, comme aussi l'on ne peut mieux travailler au très fin qu'avec la marcassite, savoir chaque métal avec la sienne particulière. Or en ce qu'il y a de deux sortes de marcassites, l'une ici-haut, la uredine ou l'ardeur supérieure des éléments, et celle d'en-bas, l'on prend un peu de Schlich ou de la menue poussière de marcassite, comme il a été dit auparavant, et on la met à la pointe des baguettes accouplées ensemble. Et puis l'ardeur aérienne rompt ou sépare la verge en deux et la fait hausser. Car comme, quand on fond, il faut ajouter au métal de deux sortes de Schiacken, fange ou écume, savoir une supérieure et une inférieure, afin qu'il puisse mieux luire ou faire un plus bel œil, pareillement il faut ici que cela se fasse en cette purification et affinement. Mais pour ce qu'aussi les marcassites — surtout celles de dessus, aussi connaissables que celles d'en bas — conduisent le métal des uredines, elles sont grandement à l'ouvrage pour le purifier. Car, ainsi qu'on voit qu'un levain pur, apporté et mêlé dans la pâte, la lève bientôt, de même en est-il du métal : il ne dépend que d'une petite addition que l'on ne le mette en un degré très fin.

On se plaint comme la marcassite requiert et a besoin d'un si grand travail avant que d'être mise et amenée dans un état qui soit très bon comme il faut, afin qu'elle soit propre. Mais c'est qu'on ne sait pas le vrai tour de main. Car je nomme tout ceci des tours de main avec lesquels, par un artifice et avantage, l'on puisse aider et secourir la nature. C'est pourquoi arrête-moi seulement un métal et assure-toi de celui — j'entends un métal qui est rôti dans sa rôtisserie —, lequel tu désires mettre au très fin, et regarde si tu ne le rendras pas bon incontinent. Je pourrais presque raconter ici la marcassite particulière de chaque métal; mais cela n'est pas nécessaire d'être su dans le travail d'imitation. Les personnes malignes qui même font profession des mines devraient bien savoir à juste raison comment elles doivent s'y gouverner. Mais tels gens sont souvent ignorants jusque-là qu'ils tiennent fréquemment entre leurs mains ce qu'ils ne connaissent pas [et] n'y prennent pas garde. Regarde ce que c'est que de la marcassite de fer : ce n'est pas un aimant de l'or, aussi est le lazuli et ainsi de tous les autres.

Reçois cette instruction dedans ton cœur et tu en reviendras toujours plus sage et plus savant et puis tu m'en sauras du gré.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXV «DE FURCILLA » OU DE LA VERGE TRANSCENDANTE

 De même que l'haleine en l'homme entre et sort naturellement, ainsi est-il de cette ardeur aérienne, car elle conduit toutes les autres. L'haleine de l'homme ne sent guère que lorsqu'il boit du vin et qu'il a mangé quelque viande de forte odeur. Cette haleine de l'homme conduit toutes les autres ardeurs aériennes odorantes en soi et avec soi hors du corps humain. De même es mines de la terre, je nomme et accompare cette ardeur aérienne à un naturel souffle vivant qui mène et conduit toutes les autres ardeurs aériennes provenant du Ferch et de la semence. Aussi, pour cet effet, une autre verge est bastante, laquelle n'est que d'un rejeton d'un an, que l'on nomme autrement une latte d'été. L'ouvrier des mines expert la coupe de son arbre suivant la coutume ordinaire et s'en va ainsi sous l'aide de Dieu (par manière de dire). Et s'il arrive que cette verge frappe ou heurte vers le lieu, cela est bien. Mais si elle ne frappe pas, c'est alors la faute des malheureuses mains de l'ouvrier ou de l'infortune dont il est accablé et il croit dès là que son travail manuel n'est point béni. Car l'homme, par une fausse opinion, pense et croit toujours que son adresse empêche ou avance cette verge et non les dons particuliers dont elle est douée par la bénédiction de Dieu. La meilleure partie de ce monde-là ne sait point de quel côté ces verges ont frappé. Et toutefois ces ignorants ouvriers les portent à leur ceinture ou à leur chapeau et les gardent saintement et religieusement, suivant que la personne, par une grande superstition, espère en l'adresse de sa pauvre main ignorante et nécessiteuse, en laquelle toutefois il y a des dons et grâces suffisants, partant qu'il s'en servît dans l'ordre et avec jugement.

Or il y a encore bien à remarquer que chaque air a son opération particulière, surtout es choses aériennes ; car chez les astronomes les arbres et les fruits sont pareillement attribués à l'air, car la partie supérieure des arbres et leurs fruits dépendent de l'air inférieur, à raison de quoi les arbres tirent à eux le suc qu'ils rendent. Car cet air inférieur est la part qu'ils ont en leur partie inférieure, comme leur partie supérieure a pour part l'air supérieur par le moyen duquel les arbres opèrent le suc de toute sorte de bien, feuillage et fruits comme on voit en effet que la bénédiction de Dieu descend ici-bas premièrement d'en haut. Ce que l'on connaît apparemment es entes dont les fruits se produisent en leur temps suivant la nature des arbres dont ils ont été entés. Et ce qui cause la vie à ces fruits, ce n'est qu'un air ou chaleur souterraine qui les fait pousser doucement et qui est surtout leur fourrage, leur travail, leur matière et leur principal instrument, et aussi sont-ce toutes choses aériennes qui sont de l'air. C'est pourquoi si tu prends cette baguette d'un arbre excellent, comme de noisettes, qui a une odeur particulièrement agréable et un fruit très doux ainsi que son suc, si on la tient en sorte qu'il faille qu'elle baisse et frappe, elle commence à sucer toute la saveur dehors, la verge étant droite dans son train; et cela dure depuis le haut jusqu'à cet état. Car les verges qui demeurent debout, cela s'appelle l'état. Ce qui arrive, selon la disposition du métal, lorsque la verge se tient droite comme serait une règle.

Or cette verge tire l'ardeur aérienne naturellement par sa substance si fortement qu'il faut aussi que la verge s'abaisse et [se] courbe vers l'ardeur aérienne et vers la terre, sinon que la verge fût trop forte et trop ferme. Mais elle s'incline assez bien quand l'ardeur aérienne n'est pas proprement ni de la supérieure ni de l'inférieure, mais de celle du milieu, ce qui s'appelle vent. Et un tel passage n'est utile ni pour celui-ci ni pour celui-là, mais aussi retire les verges des arbres en un tas fait des écorces de bois, selon qu'icelui passage est bon ou mauvais; car lors il fait dommage ou profit de cette ardeur aérienne supérieure ou inférieure. Et quant à cette différence, remarque-la bien, parce que les flux et les cœurs tendent vers ce côté-là, ce que font aussi les cimes des petits amandiers. Mais la cime des arbres qui portent un fruit où il y a des noyaux ne le fait pas, ni la cime non plus des arbres qui ont des grains et pépins plus petits qu'il ne faut pour leur fruit, comme sont les pommes et les poires, mais bien la cime des arbres dont le fruit est tout de noyau et qui a une coquille dure. Car aussi ces coquilles et même les cendres de ces arbres, voire tout ce qu'ils ont en eux, est entièrement d'air et de feu. Ce qui s'approprie aux métaux, surtout pour leur ouvrage. Et l'on fait aussi de ces arbres meilleurs charbons à brûler et [qui] sont tout à fait légers.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXVI « DE VIRGULA TREPIDANTE » OU DE LA VERGE TREMBLOTANTE

 Où il se rencontre que les ardeurs aériennes et les vapeurs se ramassent ou se reniassent dessus ou dessous, alors tu dois penser qu'il est besoin en cette occasion de science et d'artifice pour reconnaître une ardeur aérienne opposée contre celle-ci. Car l'ardeur aérienne de l'élément supérieur est grandement ! ; aussi est l'ardeur aérienne souterraine pareillement !, ainsi qu'il se voit et s'expérimente dans leurs travaux et ouvrages.

Or le vent l'est aussi !- semblablement, car il abat maintenant ces deux ardeurs aériennes ensemble, si bien qu'à peine reconnaît-on par une verge l'ardeur aérienne qu'il est besoin de savoir. Toutefois, on le peut par une voie et manière fort artificielle, car cette verge tremblante montre très bien ce qu'il faut. Mais il la faut faire d'une feuille de métal, comme d'acier, et la ficher de même qu'un bouquet dans la terre digue ou bien au lieu où ladite terre finit. Et là se rendent ensemble ces mêmes ardeurs aériennes, et lors cette verge se remue et tremble, ce qu'autrement elle ne fait point, car les rayons des corps supérieurs et inférieurs ne se laissent point arrêter comme dans les ouvrages, parce que dans l'ardeur aérienne ils ont leur monter et leur descendre. Aussi leurs Ferch ne souffrent point aucun empêchement que de cet instrument de verge, lequel est comme un nœud ou un bâton de noyau en un char. Et l'air peut entrer par le haut et par le bas de ce bâton ou de cette canne. Or cet instrument est fait de l'électre. Et icelui est tiré du meilleur en petites feuilles minces d'or et est mis dans une tête ou pot de verre qui n'empêche pas cette ardeur aérienne. Et ce pot de verre est fait environ comme un hanap que l'on fait en nos quartiers.

Regarde donc si en ton travail tu te comportes autrement qu'il ne faut. Comment c'est que tu en pourras venir à bout si tu ne prends point d'instrument souterrain, comme il a été ici brièvement enseigné? Par la force que tu as remarquée en la verge frappante lorsqu'une ardeur aérienne est présente, tu t'apercevras bien comment cette verge tremble, car l'ardeur aérienne souterraine monte et remue, mais l'ardeur aérienne supérieure descend aussi en en-bas et remue pareillement. Car elle suscite et recueille également le Ferch et la semence au métal.

Un chacun entend et comprend bien quels mouvements et quelles altérations se font ça et là dans les nuages avant qu'il se fasse quelque neige ou autre temps turbulent, et avant que le ciel soit serein et tranquille dans toute son étendue. Ainsi en arrive-t-il des ardeurs aériennes de ci-dessous, qui sont tirées de la terre, avant qu'elles se puissent ranger avec les ardeurs aériennes de dessus. Car il faut qu'elles soient auparavant bien dénouées et déliées. Et alors elles se retirent un peu plus haut et puis deviennent en pluies ou neiges, rosées ou bruines, et ce, avant qu'elles se départent l'une de l'autre.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXVII « DE VIRGULA CADENTE » OU DE LA VERGE TOMBANTE

Toute plante qui croît sur la terre montre que l'ardeur aérienne a une vertu particulière. Elle passe avec violence en haut et en bas et ne peut être arrêtée par aucune résistance. Car soit nuage ou pluie qui nous peut empêcher la lueur du soleil, rien ne peut néanmoins arrêter cette ardeur aérienne, car elle va et passe droit à travers de toutes choses. Mais icelle devenant faible en sa fertilité, c'est le moyen air qui en est cause.

Car comme un trait d'arquebuse qui passe loin, elle se rafraîchit par l'air à travers duquel il faut qu'elle aille. Partant, le rayon du soleil ne peut opérer sous la terre quand il y est avec autant d'efficace et de fertilité comme ici-haut. Toutefois, il fait sa fonction et va jusqu'au bas dans le métal, là où il conserve et recueille le soufre comme il faut, et expédie aussi ici-haut. Et ainsi ce rayon du soleil est la plus grande et magnifique influence qui doit tout faire et expédier : non seulement conserver et entretenir là-haut par sa lumière celle des étoiles, mais même faire part aux humains de la lumière du jour. Le soleil, par ses rayons, donne et cause un feu épars et dilaté dans la terre, ce qui aussi apporte un fort grand profit et conserve beaucoup de choses. Mais cette ardeur aérienne d'ici-bas passe et heurte en faisant mouvoir toutes les choses qui sont de son espèce, comme surtout les métaux quand on les a purs et fins de leur mine. Et là s'y arrête et s'y appuie justement la verge à son abord. Car de même que par certains temps tu vois que le soleil attire l'eau, ainsi que le vulgaire en parle, en cette manière l'ardeur aérienne conserve et fortifie les métaux et les met à couvert sous elle. C'est pourquoi l'on prend une verge frappante à laquelle on laisse justement sur le Zwiessel un bâtonnet de la longueur de trois pouces en la croupe. Alors on tient le noyau en dehors et [aus]si y ajoute-t-on de l'or très fin. Puis l'ardeur aérienne qui y entre, repousse cette verge, comme fait un métal. Et cela se fait à cause que la sous ardeur aérienne du métal est aussi au même lieu, et même à l'encontre d'icelui prend cette ardeur aérienne de la sorte, et icelui métal la ramène en bas avec lui. Pour ce aussi elle presse alors le métal sous soi dans la verge, comme avec dessein de le faire rentrer au tas entier. Car cette ardeur aérienne est l'égalité et copulation des ardeurs aériennes qu'il faut que le rayon reçoive ici, sur la terre dans laquelle il doit travailler. Car il n'amène aucune plaie sur la terre; ains de la fumée de la terre qui monte il en fait la pluie, la neige et la bruine, et l'amène sur terre et l'en arrose. Autant en fait-il des fumées ou vapeurs de la terre qui sont causées par l'ardeur aérienne des métaux inférieurs quand ces vapeurs montent ici-haut. Mais ce même rayon les rend derechef pesantes, en sorte qu'il les fait rentrer dans la terre vers l'or pour lui aider à son ouvrage fertile et fructueux. Lors donc que ces vapeurs sont accomplies dans leur ouvrage, alors une telle pluie de métal s'est parachevée, ou je puis la nommer le métal même, lequel s'appesantit et excite le Ferch dans son lubricum ou substance coulante. Et ce métal ainsi tire la verge quant et soi en-bas avec plus de violence que ne fait pas la verge frappante, laquelle ne touche pas le métal, ains touche simplement la seule ardeur aérienne qui n'a point été ennoblie par l'ardeur aérienne supérieure. Et ce ne serait pas sans raison que l'on nommerait une telle ardeur aérienne une pluie fertile qui restaure si bellement et agréablement. Mais ce n'est point une pluie fluante ou aqueuse, mais seulement une ardeur aérienne qui est tout anoblie par le noble, haut et resplendissant soleil. Partant, ce n'est pas assez dit ce que disent certains stupides et ignorants et ces simples gens ouvriers des mines qui, lorsqu'ils sont près de leurs semblables simples comme eux, avancent ce discours, disant que le soleil, par son influence, opère et engendre l'or. Mais ils ne montrent point de quelle sorte, comme je viens de faire mention. Et partant, eux-mêmes ne l'ont point encore appris.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXVIII « DE OBVIA VIRGULA » OU DE LA VERGE SUPÉRIEURE

 Comme les planètes qui sont au firmament n'ont aucune marche réglée et constante — et pour cette cause les planètes sont nommées erratiques ou vagabondes — et comme d'ailleurs les petites planètes demeurent dans leur état et cours assuré, de même en est-il des métaux avec leurs corps. Car ils ne demeurent point dans leurs corps, mais ils montent et tombent d'un corps en l'autre. Lesquels par ainsi s'accomparent à l'étrange mouvement des étoiles supérieures, parce qu'ils re-çoivent aussi différents corps qu'ils pénètrent et teignent par la semence de leur Ferch qui tire sa vertu et puissance du soleil, comme aussi les planètes, lesquelles pareillement ont une communication particulière avec le soleil dans le mouvement de leur lumière, que je compare avec le métal. Et en cette considération je l'appelle lubricum ou substance coulante et substance volatile du corps.

Or cette verge est départie et appliquée aux métaux, lesquels ont et possèdent des corps pleins de semence, en telle sorte que la grande ardeur aérienne de l'or y obéit paisiblement et s'y laisse aller, comme ainsi soit qu'il lui faut aussi souffrir quelque peu quand il ne lui agrée pas de luire à la terre pour la pluie, nuage ou neige tant qu'elle transperce.

Ainsi ces corps métalliques sont sujets à la destruction en ces soufres supérieurs, autant et plutôt qu'es inférieurs, dans leur travail. C'est pourquoi il faut une semblable verge que j'ai nommée verge supérieure à ce qu'elle rende en en-haut par le fond l'ardeur aérienne opposée, où sont les rayons réfléchissants du métal, lesquels elle a reçus du soleil et qu'elle a fortifié de nouveau jusqu'au suprême degré tel qu'on se le peut imaginer.

Or c'est aussi une verge d'un surgeon ou plante de noisetier qui pareillement est creuse depuis le Zwiessel jusqu'au tronc de la profondeur de trois doigts. Car il faut que le noyau en soit vidé et, dans ce creux ou vide, il y faut mettre du mercure métallique de la pesanteur de trois grains d'orge. Et alors cette verge remue et émeut les ardeurs aériennes du bas en haut vers soi. C'est la vertu de cette espèce de verge.

Tu sais que le métal a parfois un corps faible, c'est-à-dire que la planète supérieure du soleil, le corps de la lune, n'est pas assez anobli, car il lui manque encore de l'ardeur et de la vertu des planètes supérieures au soleil et non des inférieures. Partant, il y a plus de mercure en bas aux mines. C'est pourquoi l'ardeur aérienne du lubricum, ou substance coulante, attouche mieux le mercure dans la verge

et ne le veut point r'avoir à soi, ains le repousse au-dessus de soi. Alors il ne lui est point nécessaire pour son ouvrage. Et ainsi les planètes ont leur travail et influence davantage en la matière imparfaite que non pas au corps parfait. Car l'or ne revêt pas le mercure d'un corps, mais la planète s'accommode au mercure qui tient lors tous les autres métaux dans le travail, auquel ou près duquel ils se trouvent toujours des plus proches, excepté l'or et l'argent. Je prends donc ceux-là dehors et les attache à cette verge. Car bien que ceux-ci soient aussi des planètes, il les faut concevoir être remplis d'une parfaite ardeur aérienne attachée et arrêtée à une verge particulière, comme à la verge inférieure. Car ils pressent la besogne et ne font point voir la matière de l'ouvrage qui fait le commencement, comme le mercure des métaux.

Or pour reconnaître ce qu'il faut faire, c'est une grande instruction. Je la veux exposer en cette sorte : c'est que l'on doit connaître le métal avant qu'on se jette au Schurff pour savoir quel métal c'est, à savoir combien avant et profondément il est, et quel travail on doit entreprendre pour ce sujet. Et quand je sais et ai remarqué à cette verge qu'elle me donne le signe que je désire et qui suffit, je le vois et reconnais au haut de la verge. Car si c'est un métal de Saturne, elle saute beaucoup plus fort qu'elle ne ferait par la manière ou application du corps de Saturne; car alors la verge ne chasse et ne pourchasse pas le corps, mais ce qui est encore pour la plus grande partie dans le corps, savoir est le mercure du corps; car il s'en peut tirer hors beaucoup, avec facilité entière, et se revêtir derechef du corps des métaux. Et ainsi ensuite : si c'est un étain ou bismuth ou magnésie, la verge ne sautille pas tant mais elle va plus lentement, comme du Saturne, du Vénus ou du Mars elle va encore plus bellement. Mais il faut bien remarquer qu'il n'y a nulle ardeur aérienne es métaux s'ils ne sont sous la terre. Car s'ils sont sous la terre, ils sont en leur travail ou ouvrage. Et quoi qu'ils augmentent ou diminuent, ils ne le peuvent faire l'un ou l'autre sans l'ardeur aérienne. Ceci soit pour t'informer suivant ou selon la verge.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXIX « DE VAPORIBUS QUIESCENTIBUS » OU DE LA VAPEUR POSÉE

 Les mines ont aussi leurs empêchements en grand nombre et de diverses sortes, comme toute autre chose de dessus la terre. Car il est voirement vrai et l'on expérimente que toutes choses sont assujetties à la diminution et abolition. Et il arrive, en ce qui est des métaux, qu'ils souffrent en leur froid et en leur chaud, en telle sorte que souvent ils sont exhalés, évaporés et brûlés. Ainsi quand leur vapeur ou exhalaison devient pesante et ne peut s'élever que peu au-dessus d'eux, personne qui que ce soit ne peut à cause de cela demeurer dans la terre ou dessous terre — non autrement que dans une cave en laquelle le moût de la bière qui s'y achève de bouillir et le Brodem ne souffrent point qu'une chandelle allumée y puisse continuer sa flambe —, au sujet de la pesanteur du Rhô qui ne peut pas assez tôt venir à travers la terre, tant que cette vapeur ou exhalaison s'allège et fasse choir sa pesanteur. Et icelle pesanteur ou matière ainsi chute, s'attache et est comme une farine chaude que je nomme carie, et est bien autre chose que la moelle de pierre, car les pierres ont cela

naturellement. Mais cette farine ou carie se résout finalement en soufre, ce que ne fait la moelle des pierres qui demeure continuellement en poudre sèche, laquelle est toutefois plus pesante que la cendre des mines, laquelle cendre est légère et se résout aussi en sels, ce qui n'arrive point à cette farine ou carie qui demeure un continuel sédiment ou fondrille, ayant été ainsi créée. Car c'est une puante et malsaine exhalaison, de sorte que les métaux en étouffent et en deviennent corrompus et pourris, car ils ne peuvent pousser dehors ni s'augmenter ou croître naturellement, ni par haut ni par bas.

Une telle vapeur vient quand il y a parfois des pierres si dures qu'il y faut employer le soufre pour les briser. Cela recueille la mauvaise vapeur qui surmonte et demeure gisante en un lieu où elle devient pesante et s'y augmente. Car quant à ce qui ne vaut rien et qui est méchant, il s'en amasse toujours beaucoup, comme on voit lorsqu'on purifie un or avec le soufre et qu'on le laisse là reposer. Car alors les impuretés de la mine se séparent de l'or et se mettent au fond, surtout les excréments des métaux. Or, quand dans la mine les impuretés métalliques viennent un peu à bluetter ou gluer par l'ardeur aérienne, lors elles causent et apportent une vapeur tout à fait méchante outre mesure, en sorte que les ouvriers en sont aussitôt étouffés mortellement.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXX « DE HALITU MELUSO » OU DU SEL TEMPORAIN

 Le mauvais temps, ainsi qu'on le nomme ordinairement à la façon vulgaire, est un mauvais sel qui fait tort non seulement aux ouvriers mais aussi aux métaux, car il leur abat l'ardeur aérienne. C'est un cas fortuit aux métaux lorsqu'ils sont ainsi arrêtés dans leurs ouvrages naturels. Mais il faut bien remarquer comment c'est que l'ardeur aérienne se peut abattre. Car cela se peut accomparer à une éclipse comme nous la voyons apparaître ici sur terre. Car encore bien que ce rayon qui surmonte retienne son allure, son pas et sa trace, toutefois l'ardeur aérienne le retient en sorte qu'il ne peut pas tourner alentour de ce lieu-là. Mais avant que cela se fasse, le Ferch et la semence se retirent et icelui laisse comme à ses murailles ou parois couler l'œuvre. Et de là viennent les flux, sillons et ruines, et c'est leur origine. Mais l'on voit de beaucoup de sortes de flux.Or cela est bien à observer que ce que nous appelons le temps, s'appelle ainsi à cause que ce n'est seulement un air pur comme ici-haut près de nous, mais [qu']il a toujours quant à soi une certaine substance qui est plus épaisse et plus nuisible à l'homme que l'air d'au-dessus de nous. Car de demeurer sous la terre, c'est une chose qui ne nous a point été commandée à nous autres qui sommes libres. Mais celui qui, par la nécessité de son travail, y est contraint doit prendre cela à gré et se recommander au Bon Dieu, car il n'en reviendra point sans être affligé de la mauvaise vapeur qui y règne et de quelque plaie ou mal. — Ce mot de plaie est ici mis au même sens que ce mal qui règne en plein midi dont David parle [au] psaume 91. Or cet air-là devient pesant à cause de la vapeur et des pierres de l'eau, car celle-ci gâte et perd toute la trace et passage d'à travers, et elle s'appelle un sel temporain. Et l'on remarque ici en cette vapeur que l'on n'y peut tenir aucune chandelle allumée, car cette vapeur pesante l'éteintcomme ferait de l'eau et enfin aussi étouffe l'homme. C'est pourquoi aussitôt qu'on l'aperçoit, il se faut hâter de remonter en haut, car elle ne signifie rien de bon.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXI « DE COTE METALLICO » OU DU SEL PIERRIER

 Quand l'air est entièrement dans le tout d'une pièce de terre pure, il en vient finalement une pierre. Mais il y a diverses sortes de pierres, selon aussi qu'il y a différents corps dans la terre, non considéré que le tout s'appelle terre. Or tant plus cette matière est gisante et de repos, tant plus dure et grasse devient-elle et se forme en pierre solide. Et l'on ne peut point lever ni rompre une semblable pierre qu'avec le feu, qui alors s'épaissit dans la terre et la consume finalement. Et il s'y fait un fondement pierreux de la terre, en même sorte que les écailles et os d'un poisson ou autre animal sont ses fondements et appuis. Laquelle terre, Dieu consumera et purifiera à la fin par feu semblablement. Et c'est ce qui a donné sujet aux anciens peuples de brûler leurs corps. Car bien que la chair étant dans la terre se pourrisse incontinent, les os néanmoins demeurent gisants plus longtemps. Et leur corruption, c'est le feu par lequel ils deviennent en cendre, et c'est une cendre terraine. Or ce sel, ou pierre, nuit au métal tellement qu'il ne lui permet pas son opération ordinaire sans laquelle il ne peut pas demeurer vivant;mais il faut qu'il en sorte, c'est-à-dire qu'il périsse et qu'il meure, car il ne peut rien par cette voie-là. Mais voici la différence qu'il y a entre le sel pierrier et la farine pierrière. C'est que le sel s'élève lorsqu'une pierre ou terre veut durcir, laquelle auparavant était noble et précieuse. Et là où c'est que cet air a pu passer, elle commence à se durcir en elle, devient une pierre d'anglet ou de corniche. Mais la farine pierrière ou la carie, quand elle est prête à se dissoudre et à déchoir ou qu'elle est parvenue à sa vieillesse, elle devient toute en poudre. Et c'est d'ici que dépend le récit de la distinction des pierres sus et souterraines, lesquelles en cette sorte sont en partie nuisibles et en partie avantageuses à la mine, combien que pour leur ouvrage elles doivent l'augmenter dans la terre. Mais dans le travail d'imitation aucune pierre n'y sert nullement, car les pierres n'ont aucun nutriment de par elles. Aussi faut-il qu'elles périssent par le défaut de leur entretien.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXII « DE STAGNIS SUBTERRANEIS » OU DU PÉRIL DE L'EAU

C'est ceci qui est grandement mauvais à souffrir que le péril de l'eau dans les antres, passages et édifices. Car il est indubitablement évident que les antres, ouvertures et passages de la terre conduisent les eaux de l'un et de l'autre. Le jour il s'y trouve du soufre, et le fond est tout soufre. Si l'on ouvre seulement ces passages et si on les ouvre pour derniers passages, c'est la ruine des bonnes mines. C'est pourquoi l'on ne devrait pas en ces endroits commencer de faire une voie pour aller vers le métal : il n'en est guère autrement que comme d'un homme à qui l'on voudrait creuser jusqu'au cœur, et que l'on commençât par l'artère ou le pouls du bras, en lui tailladant à la façon d'un boucher tout au travers du corps; car lors on verrait un étrange massacre.

Or donc, aux mines, il vaudrait bien mieux aller le droit chemin vers la fontaine et ne suivre pas celui qui est de travers et tortu, et l'on y arriverait bien plus tôt.

Or il y a deux sortes d'eau dans la terre, l'eau du jour et l'eau du fond. L'eau du jour ne nuit aucunement aux édifices, ains elle leur est plutôt en aide car elle engloutit beaucoup de choses; elle soulage par art même l'eau du fond. Et qu'on ne la laisse pas rasseoir dans l'eau du fond, car l'eau du fond porte dommage en sorte qu'elle ne se peut écouler, soit qu'elle ruisselle ou coule par dessous et soit qu'elle rejaillisse en haut, sortant par ses cataractes, et ainsi elle endommage le métal comme fait aussi le feu, car ces deux-là nuisent au métal comme aussi à tout ce qui est dans l'étendue du monde.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXIII « DE AURO METALLICO » OU DE LA COUCHE DE LA MINE

 Il y a encore une graisse sous la terre où les métaux croissent, aux endroits qui n'ont point de Schwaden. Aussi cette graisse n'est nullement quelque pierre d'huile, de pétrole ou de naphte, mais ce n'est guère autre chose que le savon de mine. Encore en diffère-t-elle de beaucoup, car le savon ne brûle pas, encore qu'il ait dans soi un soufre caché, et non point un tel soufre qui soit brûlable, mais un seulement lequel est exempt du feu. Partant, il ne brûle point clair ou en lumière, ni à la manière de la flambe, et n'entreprend rien non plus contre ce qui est autour de lui, sinon qu'il fait le métal pur et net. Et si ce savon ne se pouvait maintenir, le métal ne pourrait ni monter ni descendre. Mais cette graisse se consume premièrement. C'est, par exemple, comme à un homme dont la graisse se fond et consume la première, et puis après la chair. Et cette graisse n'est pas loin du métal; et quand elle se surentasse et gagne le dessus, elle consume le métal et l'offusque entièrement ou maîtrise, par sa vapeur, l'ardeur aérienne semblablement. Et comme l'huile est de telle efficace et vertu qu'elle ne laisse point sortir du hanap, ou vaisseau, le subtil, ou esprit, du vin ou autre boisson, lorsque cette huile surnage, de même cette graisse peut aussi resserrer le corps du métal, en sorte qu'aucune ardeur aérienne n'y peut aller ni venir. D'ailleurs, cette graisse a une grande convenance et amitié avec le fer et avec sa plus proche âme qui est le cuivre. De quoi seulement l'on pourrait écrire plusieurs livres.

Il se trouve en la montagne de Wackersberg, en le comté de Schwarz, quantité de cette graisse-là. C'est comme du vif-argent : elle éclate et brille comme un beau rouge et reluit comme un pôle. C'est aussi en elle qu'il y a ces couleurs-là empreintes et l'on les en peut bien tirer. Il y a aussi en elle de petites flammèches tout à fait belles. Et [elle] est nommée aussi par quelques-uns un corps de vif-argent ou une splendeur d'étain, de plomb, de bismuth ou de « verre-lancier », ou antimoine, car elle les entreprend et empoigne tous en soi tant qu'il y en a.Et s'il arrive que cette graisse ne donne point sa nature ou substance grasse aux métaux èsquels le semence a la prérogative, elle devient une puissante matière volatile. Cette graisse est une terre tout à fait oléagineuse, grasse et reluisante comme un onguent rouge; et parfois aussi elle est brune et éclatante tout de même que si c'était du vif-argent congelé, plein d'éclat en toute sa masse. Dans les lieux pierreux de Bohême et de Transylvanie, il se trouve de cette graisse en abondance, pareillement à Goslar et Schiakenwald, et où il y a des mines de vif-argent et de plomb, comme en effet il s'en rencontre en divers lieux, ça et là.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXIV « DE FLUORIBUS METALLICIS » OU DES COULEMENTS OU FLUX MÉTALLIQUES

Quand il faut que le Ferch et la semence se retirent d'un ouvrage par les panses telles qu'elles soient et qu'ils n'en sortent point naturellement, le métal se convertit en pierre. Et cette retraite et abandonnement, c'est ce que les ouvriers des mines appellent coulement, bien qu'ils ne sachent d'où ils viennent. Et de telles pierres l'on n'en peut rien faire d'excellent. Bien et vrai qu'il s'en rencontre d'assez bonnes, mais l'on n'y saurait rien faire entrer, car elles ne reçoivent aucun air, ni de ce qui est dans l'air qui les pourrait anoblir davantage. Car c'est une chose étrange dans la nature que lorsque quelque chose de bon est chassé d'un corps, il ne veut plus y rentrer. Car un homme à qui on aurait ôté la vie, on ne peut pas la lui rendre non plus; le corps ne la reçoit plus, bien qu'il fût mort naturellement. Mais quant à Dieu, il peut bien cela. Mais pour ce que je n'ai pas entrepris de décrire ici des choses surnaturelles et des signes, mais de ce qui est seulement naturel et que j'ai expérimenté avec grande peine et travail, je me désiste de cela avec raison et laisse volontiers là maintenant ces choses si relevées.

N'est-ce donc pas un sujet de grand étonnement que le corps métallique qui est mort et cessé soit si beau, là où les autres corps végétaux et animaux se changent en pourriture et en néant? comme en effet il arrive bien autant au susdit corps par longueur de temps; mais en sa mort et repos il est beau autant qu'aucun verre que ce soit. Il retient aussi encore quelque couleur, surtout quand il a tenu de la marcassite. De là vient que les couleurs des marcassites se reconnaissent; car l'on trouve ses coulements verts, bleus, blancs comme les fleurs des métaux ont été, lesquelles aussi sont engendrées de trois corps.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXV « DE CRETA » OU DE LA FARINE PIERRIÈRE

 Il y a encore autre chose, outre cela, et que l'on peut voir dans cet air où nous vivons. C'est que nulle vapeur ou vent ne monte inutilement, car il se réduit derechef en un autre ouvrage. Et là se rendent autant de météores. Et la terre inférieure a pareillement ces mêmes météores, car la vapeur qui monte de l'ardeur aérienne du feu des métaux, c'est elle qui rend cette farine pierrière. A l'endroit donc où elle tombe, là elle moût et s'accroît davantage, jusqu'à une grande quantité; et elle rend ou produit un sel nuisible quand elle se range es lieux où il y a des métaux. Surtout lorsqu'ils s'engendrent et qu'ils vont en croissant, elle empêche leur couleur. L'on voit cela en la matière de l'ardoise, à Mansfeld, lorsqu'elle est mise entre les Spdche du métal, si bien que l'on ne l'en peut aisément retirer, car elle gâte et consume grandement l'éclat et la bluette. C'est ce qui est causé par cette farine pierrière qui, outre cela, se réduit en matière dure avec la moelle des pierres et fait une matière de marbre qu'on nomme pierre de pot, qui est une pierre à double rang, obscure et extrêmement serrée et ferme, tellement qu'elle fait feu étant frappée, car elle en est fort pleine.

Les sucs devraient bien être en ce rang; mais pour ce que j'en ferai mention ailleurs, je m'en déporte maintenant. Toutefois, ces sucs sont aussi une manière de farine, mais différente des autres farines, parce qu'elle incline plus au froid et y fond comme neige, voire l'autre semblablement. Et elle se convertit bien en eau plutôt qu'en farine, mais l'autre devient plutôt farine que non pas eau, et [aus]si c'est de l'eau qui vient d'un corps.

Or cette farine, quand parfois il y en a moins que de la moelle, rend une glace fort belle, transparente, que l'on nomme verre alexandrin ou glace de Marie. Mais elle n'est point sujette d'être domptée dans les feux ardents. Et toutefois elle se perd et s'anéantit dans les feux froids et est grandement nuisible aux métaux, en sorte qu'à cause d'elle les mines dépérissent et déchoient en féculence, comme cela se voit à Stolberg.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXVI « DE SPIRONE » OU DE LA VESSIE

La vessie est un tel instrument qu'il rétablit le meilleur temps ou l'air transposé. Car un air transposé ne forme point de pierre en l'endroit qu'il serait. Mais il s'en tiendra et formera où l'air d'en-bas attire et sèche à la place de l'air d'en-haut. Mais il n'allume pas. C'est ce qu'on voit quand on lui abat un éclat, une Hauch, comme cet air saute en dehors. D'où cette Hauch ainsi saillante nous apprend comment elle fait les .pierres. Et ainsi semblablement la nature fait le métal ; seulement les pierreries ont un autre abord, étant tirées des eaux douées.Or dans cet instrument-là ainsi fait il y a du feu et de l'air tout ensemble. Il prend et tire sa matière et vertu du mauvais temps. Et là se consume par le feu ce qu'il y a de lourd, et puis ce feu illumine et parfait le demeurant qui y est. M.-is l'on fait cette vessie d'une boule qui est de cuivre de la grosseur de la tête. Elle est fermée, soudée, nette et fermée et claire, en sorte qu'aucun air n'y peut entrer. Et l'on laisse un tant soit petit trou en dedans que rien qu'une esquille y pourrait entrer, et on attire de l'eau —ce qu'il y en faut exprès pour son effet. Alors on a un poêle avec des charbons qu'on allume et on met la vessie ou boule dessus, en sorte que l'eau sorte par le petit trou qui est hors des charbons. Puis elle souffle le feu opposé avec force et violence, car ce faisant l'eau enfermée y bout par la chaleur des charbons et elle sort en dehors avec une telle impétuosité qu'elle souffle fortement le feu de devant,

lequel ainsi s'entretient et s'augmente et s'échauffe violemment comme il ferait par des soufflets qui souffleraient bien fort par le dehors. Et par cet instrument l'on a et possède de grands avantages. C'est là cette manière de boule et sa disposition extérieure pour être employée ici-haut. Mais en-bas l'on ne peut pas faire cela. Mais la nature même a une semblable vessie pour son feu, en la manière de ci-dessus.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXVII « DE PULFA » OU DE L'INSTRUMENT A ROMPRE

Ceci est un sel, lequel vient communément d'une mauvaise fumée. Ainsi c'est le propre des mines d'en exhaler de la sorte. Mais lorsque la masse des pierres est dure, on fait du feu de bois et la fumée s'en retire et entre au feu de pierre. Elle devient épaisse et puis après, si la vapeur des succins ou ambres et semblables choses s'y joignent, il en provient un tel poison qu'il faut aller au secours du métal. Autrement il s'anéantirait et évaporerait, car la fumée met une telle confusion de suie au métal qu'elle le consume. Il faut ici avoir une boule qui soit ronde et creuse et qu'elle ait un trou d'une telle ouverture qu'un gros tuyau de plume y puisse entrer ; et qu'elle soit si épaisse qu'aucun air n'y puisse entrer ni sortir. Emplis cette boule-là de bonne poudre à canon, puis l'entoure de coton qui ait bouilli dans du salpêtre. Alors trempe-la dans de la poix distillée où il y ait quelque peu de soufre mêlé. Allume la boule et la laisse tomber dans une Schacht, ou précipite-la dans une Stollen quand tu la jettes; et ainsi elle chasse la vapeur dehors non seulement avec la fumée contraire à l'inférieure, mais aussi avec le Stoss ou coup violent. Une boule de cette sorte se peut apprêter pour l'eau. Car on la peut faire entrer dans l'eau, étant attachée à un instrument, lorsqu'on craindrait l'abord de quelques grands poissons horribles et monstrueux qui font sous l'eau un si étrange démènement que, s'ils ne se détournent et retirent, on en souffre un grand dommage, et quantité de personnes en sont occises. On a bien aussi un autre instrument que l'on met dedans ces mines, lequel ne pousse pas mais brûle tout à fait seulement, et qui porte dommage à ce sel et le lève hors de la mine. Mais il faut faire différence et remarquer, quand on se veut servir de ces deux instruments, si les édifices de dessus sont vieux ou neufs, afin que l'on ne leur nuise point. En après, l'on peut faire et apprêter l'instrument de ces boules ci-dessus décrites.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXVIII « DE CRATERE » OU DU FEU LUISANT

 Ce feu n'a besoin de rien pour sa viande, mais il luit en ténèbres. Il est déjà très bon et net. C'est un feu singulier et une aide à la mine. Et l'on se pourrait bien donner le loisir que d'en apprêter un en comptant les frais qui sont employés au suif ou à l'ouvrage de Bromith, comme l'huile en maints endroits que l'on achète à un bas prix ne donne aussi aucune fumée et dissipe la vapeur; on

l'apporte dans une belle boule de verre et [elle] est posée sous une logette entourée de haies, en sorte que ni eau ni sable ne lui peut nuire. Et dans le travail, ce feu rend une lumière et clarté. Cela est cause qu'il est très nécessaire de savoir ce feu, afin que l'ouvrier qui travaille aux mines sache et connaisse le fond pour se régler sur le miroir nocturne ou métallique, ce qui est un tour de main particulier, car là se rendent les ardeurs aériennes du métal et celles qui viennent après tout ensemble. Ce miroir a aussi ses instruments particuliers par lesquels on peut reconnaître ces ardeurs aériennes quand elles s'assemblent. Et si l'ardeur aérienne du jour y tient sa place, l'ardeur aérienne achèvera de jour ce qui est de son fait. Et une lueur vient de la terre : c'est ce que les ouvriers des mines appellent une ardeur aérienne de métal, et cette ardeur est bonne. Mais il y en a une qui n'est qu'une demi ardeur aérienne. Or si l'ardeur aérienne nocturne y tient sa place, on la voit en ce miroir et en cette lumière dans lesquels elle se donne à connaître et est ensuite en ouvrage. Et ainsi le métal est recouvré et trouvé. Les métaux luisent, encore qu'il ne le semble pas à nos yeux, comme aussi fait le bois pourri. Car ils ne reposent point, surtout quand ils sont après à travailler. Mais il faut qu'ils aient un reflet de lumière de l'ouvrage. Or cette lumière ne jette aucuns rayons, comme la lumière du jour ou le bois pourri, mais elle reçoit celle d'une lumière obscure.

Or l'on voit, là-dedans ces mines, de fort belles clartés aériennes. Mais la lumière des ténèbres est tout à fait une étrange lumière. Car tu y peux voir clair et un autre qui en est loin de cinq ou six aunes de distance ne la voit point, ni toi ni ta lumière non plus.

Les chats, les chiens et les loups aussi ont de semblables yeux, en sorte qu'ils te peuvent voir bien que tu ne les voies point. Car la nuit a une lumière, ainsi qu'il se peut voir en ces corps qui reçoivent ces lumières de cette lumière nocturne. Car s'ils avaient eux-mêmes cette vertu, ils épandraient des rayons. Mais ils ne font pas ainsi parce que l'expérience témoigne que dans la terre est le feu dispersé.

Or cette lumière est de deux sortes : la première est claire, accommodée de la sorte dans une boule par les sucs de quelques poissons ou vers de bois ou de plantes. Lesquels sucs étant distillés, on les verse dans cette boule de verre. Ou prends un verre net de cristallin : cela donnera une belle lumière sous la terre si l'on y met, dans ce verre, une certaine eau de mercure. Et cette lumière surmonte de beaucoup ces eaux d'insectes et de plantes dans cette obscurité que l'on appelle nuit. Elle ne laisse pas pourtant de luire de jour; mais telle le fait] bien mieux dans les ténèbres de la terre, où le feu est caché qu'il faut réveiller par telles matières et instruments. Mais la seconde sorte est du miroir qui reçoit cette lumière et donne à entendre lés feux chauds ou froids, auxquels les paysans et les ouvriers des mines n'entendent et ne connaissent rien, car cela n'est pas de la connaissance de chaque paysan ou mineur. Car comme ces feux-là luisent dans le miroir, ainsi fait aussi le feu du métal. On ressent bien ces feux dans le corps humain et selon iceux les maladies sont nommées, mais l'on ne les recherche pas.

Et telle est la distinction entre la boule et le miroir comme j'ai dit ci-dessus. Je puis bien voir tous mes membres mais non pas ma face : aussi vois-je bien la lumière du soleil, mais ce que c'est que le soleil qui donne cette clarté, je ne le puis point voir.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XXXIX «DE GLUTINE » OU DE LA POIX DES MINES

Le meilleur expédient et refuge qu'on puisse employer pour s'opposer au péril de l'eau ce sont les fontaines et les sources, car là où elles transpercent elles entraînent l'eau quand et elles en dehors. Aussi n'en est-il point de meilleur que le kitt ou poix, afin que l'on propose les eaux de jour ou journalières, pour les empêcher d'avancer et se reposer là pour beaucoup d'avantages et de prérogatives. Car cela ne retient pas seulement l'eau boueuse et trouble, mais la baigne et aussi la fait fluer et couler. En sorte que par ce moyen on détourne l'eau pour la faire parvenir à un autre lieu de sortie, tellement qu'on en est délivré en ce lieu-ci quand on n'y en veut point ou qu'elle n'est pas utile ni de service en rien qui soit. Ici donc on poisse ainsi l'eau journalière, afin qu'elle ne puisse couler en marais. Et ainsi l'on peut incontinent nettoyer la terre sous soi et l'eau qui a croupi en la retirant et épuisant. Et plus avant que l'on nettoie, tant plus courent les sources de ces eaux du fond. Elles viennent aussi de côté, tant qu'elles viennent en eau de jour ou qu'elles se laissent transmettre comme les passages de l'eau journalière, et elles viennent encore de côté là où l'édifice n'empêche pas. Et où l'on n'a point de besogne en tous ces endroits-là, on peut poisser les lieux où sont les édifices qui sont visibles devant les yeux, surtout les passages, antres et mines. Ainsi les faut-il accommoder avec cette poix ou résine que l'on appelle kitt.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XL « DE TRUTE » OU DE L'INSTRUMENT POSÉ

 D'autant qu'il n'y a presque rien qui apporte davantage d'empêchement aux mineurs que l'eau, on ne peut non seulement lui résister assez par le moyen de cette poix appelée kitt, mais [encore] lorsqu'elle est presque toute passée par l'endroit qu'elle a forcé et percé, il faut qu'elle soit détournée par des appuis, soubassements, bâtiments, comme avec des Stollen. C'est là un grand et périlleux travail et fort pénible pour abonnir les passages, lesquels s'il faut rompre, cela coûte bien du monde et de grands frais. C'est pourquoi il faut penser au moyen comment on les pourra brûler. Car on peut composer un tel feu qui de sa vertu ruine ces passages et passe tout au travers, en froissant et rongeant la pierre si menu qu'en fin l'eau puisse passer et couler sans dommage; en sorte que les ouvriers ne sont plus en crainte, comme auparavant, d'y finir leur vie par une mort inopinée, de s'y noyer et périr.Par le moyen d'un tel feu, on peut aussi renverser, ruiner de grandes pierres qui sont dans des eaux courantes, en sorte qu'on les peut facilement faire sauter par ce moyen-là. Car c'est un feu de dérompement qui est fait de résine ou kitt dont on peut frotter le dessus des pierres, et verser ce kitt dans l'ouvrage par un canal approprié de haut en bas, à ce que l'eau ne lui puisse causer aucun dommage ni empêchement quand bien elle passerait et flotterait en se joignant par-dessus de plusieursbrasses de hauteur, ce feu mine s'avançant toujours de plus en plus et même [il] prend sa force de ce qui brûle là et qui s'embrase avec lui. Il ne fait point beaucoup de fumée, car elle s'évade ou s'évapore en même temps avec le feu qui est un feu, comme j'ai dit, de dérompement, lequel feu aussi est coulant. Il y a aussi certains sucs, lesquels quand on met à bouillir deviennent durs. Et si on les mêle avec de la pierre de chaux vive, ils s'allument et brûlent si fort qu'ils y rompent et transpercent les pierres de roche par un trou qu'ils percent [aus]si grand et [aus]si profond qu'on le désire; par lequel trou l'eau s'écoule vers le lieu destiné. Mais il faut mettre dedans un petit tuyau de bois, ou autre étoffe, et l'y enfoncer jusqu'au fond fermement, à la même hauteur que l'eau était montée, et boucher ce trou par-dessous; puis y verser de la poix [en sorte] qu'il n'y puisse entrer aucune eau, et mettre dedans le tuyau par en haut de cette manière, ou [de 1'] étoffe en petites boulettes allumées ; et elles rongeront en bas tant qu'elles agrandiront et allongeront le trou, tant qu'il parvienne jusqu'à la Stollen et qu'il passe en dehors et qu'il soit aussi grand et aussi large que le petit tuyau ou trou supérieur. Et puis quand on recreuse et perce derechef ce trou et que l'on fait place à l'eau par icelui, alors elle s'écoule et passe facilement. C'est là une belle invention et subtilité pour les passages si on l'entend bien et qu'on la sache pratiquer avec ordre, car elle fera un bon effet à l'aide de ces vrais tours de main.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLI « DE TRAHA » OU DE L'INSTRUMENT À LEVER

C'est une chose que l'on expérimente que le temps ou la disposition de l'air tient ou gouverne toutes choses, non seulement les artificielles, mais aussi les naturelles. Car on éprouve es bâtiments artificiels que ce qui ne tient et ne dure pas au temps, cela ne peut pas aussi être stable et solide en sorte qu'il peut demeurer nu et résister ainsi au vent et à la pluie. Aussi y a-t-il à refaire journellement aux grands édifices et bâtiments. Remarque bien : dans Tsips, il y a un endroit qui s'appelle le Tobschau où l'acier sec monte le jour. Et au même lieu, il y a une montagne comme d'acier et [il] ne se trouve aucun instrument par lequel on en puisse abattre la moindre écaille ou écorce. Mais quand cet acier montagneux a été laissé et abandonné là un hiver et un été à l'ardeur et au froid, l'on en abat, fait choir et tomber une écaille ou coquille de l'épaisseur de deux doigts. Par là on voit et expérimente que le temps aérien peut aussi à loisir lever et ruiner la Stollen. Qu'est-ce donc qu'il ne ferait point à la pierre? ainsi que l'expérience fait voir quand les balles de neige tombent du haut de la montagne en bas, aux environs de Salzbourg et dans la province de Steyermercq, en sorte que bien souvent elles enlèvent et jettent de haut en bas de grands éclats et morceaux de roche, gros comme des maisons, lesquels ont été tout attendris par la chaleur et la gelée. Lorsque Hannibal avait passé les montagnes d'Italie, il y fit verser de plus fort vinaigre tout chaud, par le moyen de quoi il détruisit de grandes pierres qui devinrent si tendres qu'en moins de rien elles se laissèrent travailler et briser.

L'huile fait aussi la même chose, quand on la sait bien faire. Que s'il fallait se servir de l'aigre de fruit comme de bière, de vin et autres simples, cela serait fort précieux.

C'est pourquoi on se peut bien munir et servir et pourvoir d'un bon aigre ou acide bien fort pour réussir en ce dessein; un aigre, dis-je, qui soit pris des eaux de citerne, le faisant bouillir avec un peu de miel et le versant tout chaud sur les pierres. Icelui chasse le feu derrière soi; le feu, dis-je, qui est dans les pierres, car ce sont ordinairement des pierres à corniche, des pierres à feu, et [il] en amollit ainsi des éclats.

On fait aussi de l'huile de pierre, en sorte que l'on n'a point de besoin de l'huile d'olive ni d'aucune autre huile, non pas même de la naphte, mais seulement de moelle de pierre ou de cailloux brûlés, si l'on y verse de cet aigre d'eau par-dessus ou plutôt de l'eau d'épouvanté ou eau-forte, par laquelle on étonne et fait sauter toutes les plus grandes pierres, surtout les pierres à feu.

La nature nous enseigne cela, [et] de procéder en cette manière au regard des pierres. Car considère et vois seulement ce que la résine et le Kitt et l'eau de dérompement peuvent faire à une pierre nommée tuf mise en un tas avec de la fiente et de gros graviers ou des cailloux; et comment c'est que cela dérompt grandement la pierre de Bims et l'amollit comme une cire d'abeille; et aussi la pierre de pot comme même le marbre de diverses couleurs. Mais regarde bien la pierre blanche et le Schlich dans lequel est le Bims et tu trouveras qu'une sorte de lessive la fera bouillir et rompre.

On trouve des pays dans l'étendue desquels on rencontre beaucoup de sel nitre là où il n'y a et n'y peut point croître aucune pierre. En combien peu de temps peut-on échauffer une telle eau et en verser sur les pierres? Or cette étoffe, nommée l'instrument de cette composition, se peut toujours bien trouver chez les ouvriers des mines et proche d'eux.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLII « DE FRIGORE » OU DU FROID DE LA MINE

 C'est la plus grande peine qui soit imposée aux hommes qui travaillent dans les mines que d'en tirer et extraire les pierres et toute la vilenie qui n'est utile à rien, afin de pouvoir creuser plus avant. Nous appelons ici-haut ces pierres et ordures du Schutt. Or c'est une constance non petite laquelle est requise pour délier et dissiper ce Schutt par le moyen de l'eau et du rompement. Cela toutefois ne coûte pas beaucoup, si seulement on s'y applique comme il faut et dans un bon ordre. Quant au premier travail, on l'applique pour ôter et séparer ce qui est le plus facile. Et puis on procède à retrancher et nettoyer les autres matières plus grossières qui sont dans la terre des mines. Mais il ne faut pas considérer la terre comme l'herbe, car c'est dans la terre qu'il y a le moins de terre; mais elle est pleine de toutes sortes de choses comme de sel, de substances minérales et de pierre; et la terre est la moindre partie de la terre et toutefois c'est la plus noble car d'icelle sont faits tous les corps métalliques. Or il y a des choses bien plus tranchantes et pénétrantes quant au goût, mais elles ne se trouvent pas toutes à la fois. Ains cela se fait quand on ne se peut pas servir du supérieur avec l'inférieur. C'est aussi une simple chose que les sucs. Et n'est-ce pas le soufre qui les brise qui est le poison des sucs? C'est ce qui fait que les mineurs et ceux qui se mêlent du même travail doivent avoir connaissance de ces choses et s'y exercer. Car l'on ne peut pas informer suffisamment par écrit ce qui est de plus nécessaire à faire par un chacun particulier dans l'une et l'autre chose, avec la déduction de tous les tours de main qui se doivent observer à chaque travail.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLIII « DE IGNE INFLAMMANTE » OU DU FEU FLAMBOYANT

 D'autant que pour le travail des métaux il est besoin d'avoir en icelui un grand feu et quelquefois aussi un petit feu, il faut que pour ce sujet l'espèce et la sorte des métaux en fasse et soit la règle, et non pas l'affinement et la fonte d'iceux. Mais il faut au préalable avoir bien appris les propriétés des feux susdits qui sont nécessaires. Puis donc que c'est déjà le devoir et le fait d'un fondeur ou homme de jugement d'ordonner les feux suivants la droite connaissance qu'il doit avoir de chaque matière et en cette sorte, comme il est dit ci-dessus, que rien n'endommage l'ouvrage, mais qu'il lui profite au plus haut degré, il est inutile que j'y ajoute mes éclaircissements et descriptions de chaque point à part, qui autrement requerraient beaucoup de peine, une grande prolixité et par conséquent un grand volume ou livre pour y remarquer et noter convenablement toutes choses. Je me contente de recommander à un chacun cette différence de feux observables à divers métaux pour en exercer lui-même la pratique, la bien apprendre et penser soigneusement à son ouvrage et travail, et y bien appliquer son jugement.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLIV « DE IGNE TORRENTE » OU DU FEU DE GRILLE

 Ce qui est enclin à cendre et à suie, surtout l'excrément des métaux et les dépouilles des corps, les fondeurs s'imaginent l'ôter et défaire sans perte par le moyen du feu de grille. Car ils allument un grand feu de bois là-dessous et grillent et rôtissent ainsi le métal, en sorte qu'ils croient qu'il se dépouille de toute sa suie et impureté, et le cuivre aussi de son Sinter, fange ou lie. Mais quand le feu épouvante ou est trop véhément, il pille et consume le fer de la grille. Ce qui fait qu'on loue le gluer du feu lorsque, comme il arrive à Mansfeld, l'on met un tas de métal sur la grille et on allume ensuite le feu; et l'on laisse gluer l'un parmi l'autre les charbons tout doucement afin que ce qui est dessus la grille glue tout à fait aussi à loisir. C'est ce qui se fait au métal dans la Suède aussi par l'ardeur du soleil en été, car il se coule bellement ensemble et se purifie si beau qu'il devient bien au gré du très fin. Et on doit plus faire d'estime de ce gluer du soleil que non pas du griller, qui se fait par le feu de flambe. Or il faut un feu gluant de deux sortes pour gluer le métal. L'un de ces gluements est comme à Mansfeld : on prend un bouchon de paille qu'on allume sous un tas de Schiefer, ou matière d'ardoise métallique, et on les laisse gluer d'eux-mêmes et [ils] gluent comme un tas de charbon et le métal qui doit gluer devient gluant. Secondement, le gluement est aussi bien nécessaire sur le corps des pierres : il les rend en chaux. Mais les gluements qui, dans le commencement de la glu du feu, ont réduit les métaux en chaux n'ont produit que des dépouilles de chaux. C'est pourquoi les ouvriers n'ont que faire de s'étonner s'ils n'ont eu rien qui vaille.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLV « DE IGNE CORRODENTE » OU DU FEU ARDENT D' « ERZ » OU VÉHÉMENT

 Il faut mettre ce feu au rang des feux froids, lesquels consument. Et c'est à celui-ci de consumer dans le feu froid. Car icelui feu froid a tout aussi bien la même manière et pouvoir que le feu brûlant qui luit et brûle. Or le brûlement que fait ce feu froid est en cela meilleur que d'autres feux, qu'il ne réduit pas les corps tout à fait en cendres, ains ne les fait que mettre en Schlich, ce qu'autrement on aurait bien de la peine à faire en menues parties à force de limer. La plus proche convenance de ce feu, c'est celui qui glue, duquel je veux écrire quelque peu et me taire, pour le présent, de celui-ci.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLVI « DE IGNE CANDENTE » OU DU FEU GLUANT

Ce feu-ci bute et vise principalement aux corps des métaux, lequel les consume par leurs propres matières à ce inclinées par la propriété qu'ils ont en eux. C'est pourquoi l'on doit faire estime de ce feu, car les corps qui y demeurent quelque temps deviennent fort souples et leurs dépouilles demeurent là en arrière sur la place. Et ainsi ce qu'il y a de meilleur es métaux s'en sépare par ce glacement et se retire des impuretés, ne restant que ce qui est bon. Mais tout ce que l'on peut dire et faire est inutile en ce temps-ci, car le monde s'estime trop savant pour vouloir apprendre quelque chose d'autrui, quoique cela fût caché auparavant à sa connaissance. Car le nombre de ceux qui s'estiment sages et savants est grand et chacun a son sens particulier par lequel il prétend avoir beaucoup de science, au lieu qu'il ne sait pas où commencer pour la mettre en évidence. Partant, il la retient plutôt en un monceau et demeure cependant un lourdaud, comme il est en effet. Quelques-uns pourraient estimer que je voulusse parler de quelque eau-forte par l'un ou l'autre de ces feux d'Erz. Et s'ils croient que je l'entends ainsi, cela n'est pas pourtant. Mais combien emploi[-t-]on inutilement de centaines de tonneaux, en un jour, d'eau précieuse et chère pour s'en servir à séparer, ainsi qu'il se fait à Goslar, et ce, à cause de la résine dont l'on pourrait profiter seule à cela; laquelle eau il faut d'ailleurs acquérir et faire par des grands frais de bois.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLVII « DE IGNE INCUBANTE » OU DU FEU DE LAMPE

 Ce feu sert et est bon lorsque l'on se mêle de métaux à découvert et sans soudure; et on s'en sert de crainte que le métal n'aille en poussière et que le meilleur ne s'écoule, car tu as aperçu qu'il ne vaut rien dans la clarté. Or les lampes ordinaires ont leur vaisseau de verre que l'on met dans une écuelle d'argile faite de cendre et de sable; ainsi cette lampe rend de soi une sueur parfois, dans laquelle sueur quelques-uns pensent que le métal reçoit son corps ou bien qu'un métal reçoit le corps d'un autre métal. Je laisse là cette transmutation à part et ne la puis louer. Mais en tant que cela regarde la chaleur, elle n'est pas blâmable et tous les métaux devraient être traités de la sorte. En ces deux feux des métaux En et aussi des lampes, il y a beaucoup de vertu. Et si l'on s'en voulait servir dans la médecine et [comme] médicaments, ils en seraient beaucoup meilleurs, selon mon opinion, que dans le gril ou à la flambe. Car ils ne vaudraient rien là comme avec ce lent feu. Il faut aussi tenir une règle certaine de l'ardeur également continuante, si autrement l'art doit produire du profit. Car j'ai vu que quelques artistes et ouvriers ont eu de ces lampes dans leurs fourneaux ou poêles, où tout a été entièrement perdu. Car tantôt leur feu était trop chaud et tantôt trop froid; cela ne s'appelle point une ardeur bien également brûlante, et engendre aussi sur la fin un ouvrage imparfait qui, en outre, n'est devenu à rien par les lampes, à cause que l'on ne les a pas bien gouvernées ni conduites.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLVIII « DE IGNE FRIGIDO » OU DU FEU FROID

 Ce feu-ci est tout à fait merveilleux et on ne peut pas écrire grand-chose pour ceux qui n'en ont encore aucune intelligence, soit par ignorance ou par un désespoir d'y pouvoir parvenir. Et de ce qu'on s'en est si peu aperçu, c'est de quoi je m'étonne. Car ce feu est justement un tel ouvrage qu'en maints lieux on appelle « coaguler », à cause qu'il ne peut consumer l'autre feu. Car pour fondre il le peut bien, mais de consumer, c'est ce qui lui est impossible. Car il a son opération dans l'air et exerce son pouvoir et sa force sur le métal, et est l'unique preuve extérieure de son coulement. Le métal mercuriel est coulant d'un flux froid, car les autres coulements sont tous des feux chauds. Si tu ne le veux pas croire, portes-y la main. La dureté d'un flux chaud s'appelle coagulation, car l'une est contraire à l'autre. Si l'une durcit, l'autre amollit. Il faut que tu saches cette différence et que tu la connaisses proprement, voire toute personne qui se veut mêler des fontes et flux métalliques. Or c'est un véritablement beau secret de savoir tenir et gouverner un tel feu ou comme des pierres le porter à la balance. Il n'est pas tout à fait, en général, si droitement artificiel.

Ce qui est froid par excès, c'est la mort du corps tempéré. Mais où se trouve-[t]-il que les animaux vivent dans un feu tout à fait froid et chaud ? Et si on veut parler et approcher si fort de la vie, il est bien autant impossible comme de vouloir trop parler de Dieu.

Et, partant, ne regarde pas si fort à la définition de ce feu et tâche de le comprendre autant que la raison humaine le peut. Ainsi se trouve-[t]-il écrit de la philosophie qui démontre et fait connaître ce feu, lequel, quoiqu'il soit le plus froid, ne laisse pas néanmoins de vivre et de continuer son train. Or il est semblablement vrai que quand il est parvenu dans son croissant ou degré le plus haut et plus parfait ou le plus pur, il dévale derechef à bas—j'entends le susdit métal mercuriel — et devient argent, et l'argent devient cuivre. Et conclus ainsi et par toi que si le feu et l'ardeur d'en-bas ne fait point ceci, il faut par conséquent que le feu froid le fasse. Cela est assurément vrai, car le métal se résout par le moyen de ce feu froid derechef en son mercure qui est le flux du froid si icelui s'en saisit. Car alors il faut qu'il coule dans tous les corps. Et s'il y flue, il dépouille non seulement le corps de dessous, mais aussi celui qui est supérieur ou plus haut. Pense à cela soigneusement.

  RETOUR

 

 

CHAPITRE XLIX « DE IGNE CALIDO » OU DU FEU CHAUD

 J'ai déjà parlé et écrit de ce feu-ci, savoir qu'il peut être disposé et fait en diverses façons et manières, et comme on le doit enferrer et construire maintenant en charbon, tantôt en bois ou en poix ou en huile, et enfin en toute chose qui se laisse brûler ici-haut. Or je pense et entends cela opérativement et en effet, combien qu'ici je voudrais parler de la seule chaleur qui est profitable aux métaux pour leur coulement; car ils se purifient en icelui feu ainsi que tu as ouï ci-dessus. C'est pourquoi je n'estime pas nécessaire d'en faire mention derechef et d'en rien dire de nouveau. Et voilà tout ce que j'ai voulu insérer en cette première partie de ce livre et déduire touchant le travail souterrain ou travail précédent que la nature observe et exécute, par lequel elle nous fait et met en forme les métaux et minéraux qu'elle nous propose en vue et à la main.

Celui qui conçoit et entend comme il faut ce travail-là, et s'y applique de cœur, travaillera avec grand avantage et profit. Et il saura pareillement après le moyen pour mieux parvenir dans l'alchimie qui suit toujours immédiatement ce travail, lequel je souhaite être concédé et accordé à celui qui s'y occupera. Louange, exaltation, honneur et gloire et magnificence soit au Souverain Maître et Régent des mines par la parole et volonté duquel tout a été fait et ordonné et tout a été formé. Ainsi soit-il.

  RETOUR