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La Librairie du Merveilleux

PRECISIONS SUR L’ART DE LA TRANSMUTATION EN ALCHIMIE

Leo Ireneus©

                                                                                                                                                                                                                   

Les transmutations en Alchimie se réalisent avec ce que les adeptes de cet art vénérable appellent Poudre de Projection. Cette substance étant le résultat de l’ultime mûrissement de la Pierre Philosophale !

Appelée aussi « Teinture » par certains Philosophes comme le Cosmopolite, elle peut être réalisée à l’aide de diverses matières communes, ce qui déterminera son futur degré de puissance dans la transformation des métaux vils en métaux nobles. Relisons avec attention les précieux renseignements que nous donne le fameux Fils de l’Art nommé plus haut, dans son «  Traité du Sel, Troisième Principe des choses minérales », tiré de la « Nouvelle Lumière Chymique » où, citant Valentin, il est écrit :

« Que la Pierre de Feu (faite d’antimoine),  ne teint pas universellement comme la Pierre des Philosophes, laquelle se prépare de l’essence du Soleil(…). La Pierre des Philosophes tient le premier rang entre toutes les autres. Secondement, vient la teinture du Soleil  et de la Lune au rouge et au blanc. Après, la teinture du Vitriol et de Vénus, et la teinture de Mars, chacune desquelles contient aussi en soi la teinture du Soleil, pourvu qu’elle soit auparavant amenée jusqu’à une fixation persévérante… ». Nous  arrêtons là, mais non sans avoir recommandé aux studieux chercheurs de relire avec profit le chapitre second de ce fondamental ouvrage.

Ceux qui sont détenteurs des arcanes de l’Art ancien, savent que la force invincible de la Pierre des Sages vient de ce que le Soufre qui sert à l’élaboration finale de la Poudre secrète, est généré par artifice, d’une merveilleuse manière par l’Artiste pétrit de Sapience, ce produit n’étant point le fruit déjà maudit d’une quelconque matière vulgaire !

 

Dans l’œuvre le plus élevé, c’est-à-dire dans l’œuvre au rouge, la Poudre de projection ou Absolum, ne saurait se fabriquer sans l’acquisition première du soufre rouge ! En réalité, la couleur qu’affecte ce sel lorsqu’il a été convenablement multiplié, est d’un pourpre obscur, même s’il est rouge dans son premier état, ou le devient au cours de ce processus très occulte qui est celui de la Multiplication, appelé Addition par Paracelse.

 Pour revenir à la couleur pourpre, indication non négligeable et touchant un point de science considérable, lisons avec attention ce que nous révèle Fulcanelli à la page 215 du second tome de ses « Demeures Philosophales » :

« Constatation assez singulière, le mot grec(…) qui sert à désigner le FEU, présente exactement la prononciation du qualificatif français PUR ; aussi les philosophes hermétiques, en unissant le nominatif au génitif, créèrent-ils le terme(…), le FEU DU FEU, ou phonétiquement , le PUR DU PUR, et regardèrent le PURPURA latin et le POURPRE français, comme le sceau de la perfection absolue dans la propre couleur de la pierre philosophale. » . Nous le répéterons encore, cette notification anodine sur la couleur parfaite de la Pierre, contient, pour ceux qui sont arrivés jusqu’à un certains niveau et qui butent encore, une extraordinaire révélation sur l’un au moins des plus formidables secrets alchimiques. Rarement les alchimistes parlent ouvertement des couleurs, et moins encore charitablement !

Ayant obtenu le délectable produit pourpre, on peut passer à la confection de la Poudre dite de Projection, ferment de miraculeuses transformations de matières déchues en matériaux de haute dignité !

La Poudre de Projection s’obtient en mêlant, dans les proportions requises, le Soufre Philosophal à un métal commun, en l’occurrence l’or ou l’argent, métaux considérés comme étant les plus parfaits. Nous noterons en passant, qu’il peut se faire des poudres spécifiques permettant l’obtention de gemmes précieuses, la principale difficulté étant la possession du Soufre, première forme de la Pierre d’Hermès.

 

En ce qui concerne la fabrication de l’Absolum,  son augmentation et son utilisation, Philalèthe est à notre humble avis l’un des plus clairs, sinon le plus clair ! Nous solliciterons donc abondamment ses conseils avisés et ses tours de main rompus. Pour les proportions dans le mélange, il dit au chapitre 31, second paragraphe de son « Introïtus » :

« (…)Prends donc trois parts de Soleil très pur et une part de ce soufre igné… », ce soufre qu’ il disait être, au paragraphe précédent, « …vêtu de POURPRE TYRIENNE… ».

Dans le procédé à chaud, la meilleure proportion semble être une part de soufre pour trois d’or commun pur. Dès que l’or est fondu, le soufre est précautionneusement ajouté. On donne alors un bon feu de fusion, on coule ensuite le produit et on obtient un amalgame d’un beau rouge, de texture friable.

Les procédés qui vont suivrent vont permettre à la Pierre de s’augmenter, aussi bien en qualité qu’en quantité. Si notre célèbre Adepte a été clair concernant la Fermentation de Pierre, qui est en fait l’opération qui consiste à mêler le soufre et le métal précieux qui lui est correspondant, il a été moins en ce qui concerne la Multiplication.  Cette augmentation en qualité, il la fait par l’utilisation du Mercure Philosophique, dans le chapitre 31,dans le chapitre suivant avec une certaine « eau », et il parle alors d’Imbibition, et dans le chapitre 33 avec un autre mercure dit Mercure du premier Œuvre, et il parle enfin de Multiplication. Mais les pratiquants de notre Art, pénétrés de Sagesse, déroulerons facilement l’écheveau ! Ici, l’acquisition de l’Huile rouge coagulée et ensuite volatilisée s’avère indispensable ! Mais l’indication intéressante est celle de l’augmentation en quantité :

« Prends une part de cette mixture, notre pierre rouge et friable, et dix parts de Mercure bien purifié ; faits chauffer le Mercure jusqu’à ce qu’il commence à pétiller, mets alors avec lui ta mixture, qui le pénétrera en un clin d(œil ; faits le fondre sur un feu plus vif, et tout le mélange formera une médecine d’ordre inférieur ». L’augmentation quantitative se faisant toujours au détriment de la qualitative.

Avant d’en arriver à l’utilisation de la pierre pour transmuter les métaux( le mercure commun étant le plus facile à transformer en or ou en argent), disons un mot sur la fabrication à froid de la Poudre de Projection dont aucun Philosophe n’a à notre connaissance parlé ! Ce procédé se base sur le pouvoir de Putréfaction appelée aussi Calcination, de notre Mercure Philosophique. Lorsque le soufre rouge a été dûment multiplié, on le mêle avec le métal commun, dans les proportions inverses à celles du travail à chaud ! On imbibe avec du Mercure Sublimé accué, et on laisse dans un vase parfaitement clôt, le mélange dans un lieu obscur. On peut pour accélérer le processus de Putréfaction, mettre en coction douce. Mais sans aucun feu externe, l’or ou l’argent, d’après le ferment utilisé, se dissous et s’unit au soufre Philosophique. Le processus est sensiblement plus long, surtout lorsque l’imbibition devient de temps en temps nécessaire pour une dissolution complète du métal ! Mais le rendement est tout aussi fructueux que lorsqu’on utilise la fusion.

 

 

La Pierre Philosophale, parfaitement multipliée, est prête, sous sa forme de Poudre de Projection, à réaliser le miracle de la transmutation. Comment alors l’utiliser ? La première des choses est de déterminer sa puissance effective, et cela en faisant comme le dit Philalèthe, dans le chapitre 34 de l’ « Introïtus », une « …projection par degrés… ». Le nombre de multiplications faites avec notre huile de Sapience, nous indiqueras la proportion poudre-métal à considérer dès la première opération. Le résultat obtenu vous indiquera si votre Pierre a effectivement la puissance que vous soupçonner, et cela, quel que soit le métal sur lequel vous opérez.

Autre chose, les métaux issus de la transmutation présente parfois un phénomène d'irrisation, une sorte de déferlement de couleur à leur surface après la coulée. Ils sont en fait dans une phase moléculaire de transformation qui s’est brusquement arrêtée avant la fin de la transformation. Mais ils sont déjà doués de propriétés défiants la raison, et leur évolution, grâce à la Poudre fermentive est parfaitement vérifiable.

De manière pratique, la Projection se fait en mettant une certaine quantité de Poudre dans du papier ou de la cire, qu’on jette ensuite sur le métal à traiter en fusion, le rapport de projection étant connu, et nous le répétons encore, précisément par le nombre de multiplications effectuées ! Mettre la Pierre dans de la cire ou du papier, nous préférons largement l’utilisation de la cire, permet surtout l’étanchéité des processus qui se déroulent au sein du métal fondu. Ainsi, la cire en coulant, recouvre momentanément la surface du bain et permet, dans un laps de temps très court, déterminé par la force de la poudre, la pénétration foudroyante de la Médecine. La maturation du composé se fait ensuite grâce au feu externe qui doit être, pendant un moment, variant entre quinze minutes et parfois plusieurs heures( dans ce dernier cas, la Poudre est de piètre qualité) légèrement au dessus du point de fusion de l’or, lorsqu’on utilise la Poudre rouge, ou de l’argent lorsqu’on utilise la poudre blanche, et cela quel que soit le métal à transmuter. Quant à la coulée du métal, elle doit se faire avec beaucoup de précautions, doucement,   car ordinairement, les impuretés rejetées au cours de la fusion remontent en surface et peuvent gâter le résultat obtenu. La délicatesse est ici requise.

Autre remarque d’importance, toute l’opération de transmutation à chaud devrait de préférence se faire creuset fermé. Dès la projection de la Poudre, le couvercle doit être mis. Après les craquements caractéristiques, on découvre le vase pour remuer la matière en fusion. On referme et au cours de l’opération, on peut renouveler deux à trois fois pour faciliter l’homogénéisation de l’amalgame.

Tout aussi peu connue que la fabrication de la Poudre à froid, est la transmutation métallique à température ambiante. Cyliani dans son « Hermès dévoilé » en a relatée une, celle qu ‘il a conduite lui même, avec une teinture exceptionnellement puissante, puisqu’il la réalisa en quelques minutes dans un verre de montre à l’aide de mercure commun. Ce métal, le plus malléable pour ce genre d’opération, se fige au fur et à mesure qu’il s’élève en dignité, particularité étonnante dont nous fîmes personnellement l’expérience heureuse lors d’une transmutation à froid de mercure commun en argent. Les proportions restent, dans ce procédé, exactement les mêmes, le degré de puissance de la Pierre et la portion requise ainsi que la quantité de métal à utiliser sont fonction du nombre de multiplications faites. Par exemple, à la septième multiplications de la poudre, un grain transmutera dix millions de grains du métal choisi pour l’opération. Il est aisé d’imaginer le pouvoir d’une Pierre longuement et patiemment multipliée !

 

Avant de clore cet article, nous ajouterons que le  pouvoir transmutatoire de la Poudre de Projection ne s’arrête pas qu’aux métaux ; Elle peut être facilement diluée, sous sa forme métallique, précisément de semence métallique, pour rétablir promptement la santé dans les organismes malades. Son action bénéfiques dans tous les Règnes de la Nature est phénoménale et ce n’est pas un vain mot !

 

Leo Ireneus ©