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DE LA PREMIÈRE MATIÈRE DES PHILOSOPHES

Leo Ireneus

 

S’il est vrai que l’essence vitale peut être extraite de toute chose participant à ce que les Philosophes appellent la Matière, le procédé lorsqu’il est acquis, peut se révéler extrêmement long et pénible, n’aboutissant souvent au pire à rien, au meilleur à des Particuliers. C’est pour cela qu’il faut posséder la Materia classique des Sages, qui elle seule, permet dans des délais acceptables, l’obtention de la Pierre , de la Poudre et de l’Élixir final.

Dom Pernety affirmait qu’on reconnaît les vrais Philosophes à la Matière qu’ils utilisent pour réaliser l’œuvre. Elle est bien décrite dans de nombreux ouvrages alchimiques autant anciens que contemporains, parfois même nommément. Point n’est besoin d’y ajouter une nouvelle définition. Tous les vrais alchimistes l’attestent, la Matera de l’œuvre est UNIQUE. On n’y ajoute et on n’y retranche absolument rien. Écoutons à ce propos Pontanus : « La Pierre des Philosophes est unique, et une, mais cachée et enveloppée en la multiplicité de noms, et avant que tu puisses la connaître, tu te donneras bien de la peine ; difficilement la trouveras-tu de ton propre génie. Elle est aqueuse, aérienne, ignée, terrestre, flegmatique, colérique, sanguine use et mélancolique. Elle est un soufre et pareillement argent vif « .

La recherche de la matière classique de l’œuvre, véritable nœud Gordien de l’Alchimie en a irrité et fait perdre courage à plus d’un apprenti chymiste. Certains s’en consolent en confectionnant des produits souvent inconnus, d’autres en développant leur connaissance livresque, en espérant découvrir un jour le véritable secret. La recherche de la Matière est le premier choc, et de loin le plus rude avec cette Science totale qu’est l’Alchimie. Car à moins d’avoir une formidable intuition ou l’enseignement secret et rare d’un vrai pratiquant, il est pratiquement impossible d’accéder à la connaissance du sujet principal et unique de la Chymie.

Il est curieux, pour ne pas dire étonnant, que plusieurs se lancent de façon téméraire dans la confection de la Pierre sans être fixé sur la matière à utiliser pour l’atteindre. A cela, nous prendrons l’exemple de Bernard le Trévisan qui a tout essayé. Et nous pesons bien nos mots en disant cela. Fatalement, il finit par trouver. Pourquoi ne pas prendre exemple sur cette incarnation même de l’humilité ?Et plus proche de nous, le fameux Adepte Fulcanelli, qui au dire d’Eugène Canseliet, mis un certain nombre d’années avant d’accéder à la fondamentale Clef. Relisons à ce propos, ce que nous a révélé, dans sa préface aux Demeures Philosophales , le principal Disciple du Maître : « Nous ne pensons pas davantage commettre une imprudence, en publiant que Fulcanelli nous confia être resté plus de vingt-cinq ans à rechercher cet Or des Sages qu’il avait sans cesse auprès de lui, sous la main et devant les yeux. Cet aveu, baigné de franchise, d’HUMILITÉ où perçait presque du repentir, nous laissa, sur le moment, tout confondu. Au vrai son exemple ne constituait pas une exception ».

On oublie trop souvent ces mots de Nicolas de Valois : « La Patience est l’échelle des Philosophes et l’Humilité la Porte de leur Jardin.

L’humilité est la première vertu à développer par l’apprenti alchimiste. Elle est d’autant plus importante du fait de sa qualité dissolvante, lorsqu’on l’applique en tant que l’un des régimes du Feu Ténébreux, sur soi même , dans le Secret de l’Oratoire intérieur. Elles nous dégage des voiles qui enveloppent le germe divin enfoui dans notre conscience, et nous permet d’accéder à l’Intuition, le fil d’Ariane qui permettra de sortir du labyrinthe chymique. Si Dieu le veut. Sinon, le risque d’être dévoré par le Minotaure de toutes les illusions qui gardent l’Art des profanes et des non méritants, est grand.

Il est important de savoir que ce qui anima d’abord les premiers Alchimistes, c’était la découverte d’une souveraine médecine capable de guérir tous les maux du corps. En cela, l’Alchimiste Jean Laplace a été charitable de révéler, dans un extrait de son livre,

Le four alchimique de Winterthur que « Contrairement au discours tenu le plus souvent à la suite de Philalèthe,il nous apparaît que ce ne fut pas en recherchant la transmutation métallique que les premiers Adeptes parvinrent à la Grande Pierre.Il nous semble, à ce sujet, bien plus exact de considérer que les premiers philosophes hermétiques furent avant tout médecins. Le travail au laboratoire tend en effet à confirmer que ce fut en voulant perfectionner le remède que le premier alchimiste devint adepte, ceci par la méthode la plus simple, obligée par l’outillage peut étendu des époques primitives. Ce fut donc en conjoignant et séparant sans cesse le haut et le bas, que les premiers artistes, avec l’aide de Dieu, élaborèrent la Médecine Universelle. Ils n’aboutirent cependant pas sans erreurs ni peines, les mêmes d’ailleurs que connaîtra encore l’alchimiste d’aujourd’hui, car  la lecture du livre de la nature, ou celle des ouvrages du corpus, demande autant de perspicacité inspirée. »Cette révélation capitale aide à circonscrire le domaine de recherche de l’apprenti, s’il mesure à sa juste valeur, ce qui vient d’être dit. De plus, il doit savoir que l’unique sentiment qui doit l’animer est celui de servir, par la découverte d’une certaine substance, au bien être de l’Homme.

La première épreuve sur le sentier vers le ciel chymique, est donc de trouver la véritable Materia Philosophique. Cette Matière si proche des yeux qu’elle aveugle le plus grand nombre des chercheurs. Quelqu’il en soit, les plus persévérants la reconnaîtrons à ces quelques signes :elle se pare de couleurs, quelque soit la partie de l’œuvre dans laquelle on se trouve

, elle est incombustible et persistante au feu, son sel est d’une affreuse puanteur, et elle dissous radicalement tous les métaux en leur semence.

Nous nous arrêterons ici, concernant la Matière de l’œuvre.

   

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